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vendredi 21 septembre 2012

samedi 27 mars 2010

"Journal d'Antigone (1989-1997)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 25 mars 2010

Après avoir publié son roman Œdipe sur la route en 1989, Henry Bauchau pensait avoir dit ce qu’il voulait dire sur Antigone et estimait cette étape franchie. Il désirait alors écrire d’autres choses. Il lui semblait en outre que la mort d’Antigone et son conflit avec Créon avaient été portés sur la scène par Sophocle de façon complète et inégalable.
Toutefois, au cours des années suivantes, le personnage d’Antigone n’a pas cessé de l’habiter. Au fil du temps il y consacre plusieurs poèmes et récits au milieu de ses autres travaux, et se rend finalement compte en 1992 qu’il doit aller encore plus loin avec elle. Il se lance alors dans l’écriture du roman Antigone.
Tout comme celui qu’il tenait au cours de l’écriture de son œuvre Œdipe sur la route, ce livre est le carnet de bord de l’auteur, qu’il a rédigé durant les 8 années nécessaires à la naissance de son roman Antigone.
Ce travail d’écriture fut d’autant plus complexe pour lui que Œdipe sur la route se situait entre deux pièces de Sophocle, Œdipe roi et Œdipe à Colone, alors qu’Antigone se situe sur le terrain même de la tragédie de Sophocle. De nombreux tâtonnements ont été nécessaires pour surmonter cette difficulté, et tenter d’évoquer non pas une Antigone nouvelle mais une Antigone originelle.
Le résultat est une œuvre exceptionnelle à nouveau, ce qui est d’autant plus impressionnant qu’il l’a écrite dans des conditions parfois très difficiles, assistant au déclin progressif de son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer, et aux effets de son âge (plus de 80 ans) qui se font naturellement ressentir.
Je terminerai ce billet sur cette citation que Henry Bauchau fait de Maeterlinck et qui est particulièrement à propos selon moi : "Les mots… ont été inventés pour les usages ordinaires de la vie, et ils sont malheureux, inquiets, étonnés comme des vagabonds autour d’un trône lorsque de temps en temps, quelque âme royale les mène ailleurs".

dimanche 7 février 2010

"Oedipe sur la route (livret d'opéra)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 1er février 2010

L’opéra "Œdipe sur la route", composé par Pierre Bartholomée, s’est produit au théâtre de la Monnaie à Bruxelles du 7 au 22 mars 2003. Ce livret reprend le texte de cette œuvre, écrite par Henry Bauchau lui-même à partir de son roman.
A l’inverse de l’opéra "La lumière Antigone" (composé 5 ans plus tard par Pierre Bartholomée également) qui s’écarte du roman Antigone pour mettre en scène une rencontre extraordinaire entre la mythologie grecque et le monde contemporain, l’opéra "Œdipe sur la route" reste tout à fait fidèle au roman dont il est issu et raconte l’histoire de son héro déchu depuis son départ de Thèbes jusqu’à son arrivée à Colone.
Il s’agissait à nouveau probablement d’un moment magique auquel je n’ai malheureusement pu assister à Bruxelles. On peut toutefois encore en retrouver facilement une série de vidéos sur internet.

samedi 23 janvier 2010

"Journal d'Oedipe sur la route (1983-1989)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 janvier 2010

Il aura fallu 6 ans à Henry Bauchau pour écrire Œdipe sur la route. 6 années au cours desquelles il a suivi Œdipe, Antigone et Clios dans leur long et douloureux périple. 6 années durant lesquelles il a été traversé de nombreux doutes et de désespoir devant l’immensité de la tâche à accomplir, mais également d’enthousiasme et de joie à chaque nouvelle étape du roman.
Ce livre est le journal de l’auteur au cours de cette période de sa vie. Sans pudeur aucune, il partage avec nous ses activités, ses états d’âme, ses craintes et ses peines, son âge qui lui joue des tours (il a plus de 70 ans), ses moments de bonheur et l’amour autour de lui. Il permet de comprendre le roman d’une autre façon, à travers l’auteur lui-même. On y mesure toute la place qu’ont pris les différents personnages du livre dans sa vie réelle, l’accompagnant chaque nouveau jour, le soutenant dans les moments plus difficiles et le poussant à aller jusqu’au bout.
Pour ma part j’ai été frappé par le rôle majeur de l’inconscient dans la création de ce roman. Cette histoire mythique s’est véritablement emparée de l’auteur durant ces années, lui soufflant chaque passage du roman à travers des rencontres, des rêves et de nouvelles aventures intérieures.
Même si ce journal laisse également transparaître comme il est long et dur pour l’auteur de créer une telle œuvre, Henry Bauchau a admirablement combattu sa propre vague, jour après jour, et l’a finalement vaincue 6 années plus tard, mettant au monde ce qui reste pour moi l’un des tout meilleurs livres que j’aie jamais lus.

mercredi 2 décembre 2009

"La lumière Antigone" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 2 décembre 2009

Ce livret est composé sous la forme d’un long poème, écrit par Henry Bauchau pour être chanté à l’opéra La lumière Antigone de Pierre Bartholomée qui s’est produit à Bruxelles en avril 2008.
On y retrouve Antigone dans ses derniers instants de vie, enfermée par Créon dans une grotte à l’écart de Thèbes. Epuisée, elle sait que c’est le moment de partir. Elle repense à son existence, à la folie de son long voyage avec Œdipe, à son amour pour Jocaste, à la souffrance de ses deux frères Polynice et Etéocle. Elle s’apprête à rendre son dernier souffle lorsque Hannah apparaît devant elle.
Hannah chante paisiblement. Ce n’est pas une vision, c’est sa descendance, c’est elle-même, c’est celle qui chante sa vie de lumière au théâtre de Bruxelles. Antigone comprend peu à peu. Elle ne meurt pas, elle ne peut pas mourir, des milliers d’Antigone se dressent chaque jour et se souviennent à travers les millénaires. Hannah lui explique ce qu’est devenu notre monde moderne. Il y a toujours des mendiants, des pauvres et des riches, des guerres et des villes en flammes. L’Homme est tel qu’il est. Antigone le sait, et jette sur notre siècle une lumière bouleversante avant de s’éteindre doucement sur le sol froid de son tombeau.

Ce livre m’a profondément touché. Le pont dressé entre ce mythe de l’Antiquité grecque et notre monde contemporain, la rencontre entre Antigone sur son lit de mort et celle qui lui rendra hommage au théâtre de nombreux siècles plus tard, est magnifique de profondeur et de spiritualité. J’ai été véritablement transporté durant la lecture de cette œuvre, et resterai avec le vif regret de ne pas avoir pu assister à la représentation de cet opéra à Bruxelles.

mardi 23 juin 2009

"Les vallées du bonheur profond" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 19 juin 2009

Ce petit recueil est composé de 5 récits qui font partie du fabuleux cycle d'Œdipe et Antigone.
Dans "L'arbre fou", Œdipe entreprend une danse frénétique pour sculpter dans un immense arbre foudroyé toute la puissance de l'amour qu'il portera toujours pour son épouse et mère Jocaste.
"Les vallées du bonheur profond" est un lieu d'harmonie, d'amour et de pure simplicité qu'Antigone découvre l'espace de quelques jours en compagnie de Constantin, avant de reprendre la route d'Œdipe avec une joie paradoxale.
Au cours de leur périple, Antigone et son père rencontrent "La femme sans mots" dont la terrible folie paralyse Œdipe car elle est l'image de ce qu'il serait probablement si sa fille et Clios n'étaient pas à ses côtés.
"Le cri" fait référence à un passage central du roman Antigone au cours duquel elle est désespérée et ne peut retenir un cri terrifiant qui exprime toutes les injustices et les malheurs de Thèbes. Cet appel de détresse bouleversera profondément la population habituellement indifférente et génèrera un mouvement de générosité prodigieux.
Le dernier récit "L'enfant de Salamine" donne la parole à Sophocle. Initialement destiné au combat contre les Perses aux côtés de ses frères Grecs, son destin bascule malgré lui vers la poésie tragique après la bataille de Salamine. C'est lors d'une promenade de nuit dans le bois sacré des Euménides qu'il rencontre Œdipe et Antigone, venus jusqu'à lui pour demander l'existence. Sophocle écrira ensuite Œdipe Roi et Œdipe à Colone.

dimanche 26 avril 2009

"Diotime et les lions" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 avril 2009

Dans le chef d’œuvre Œdipe sur la route nous faisons connaissance de Diotime, femme guérisseuse dont la sagesse et les bienfaits sont connus jusque Thèbes. Elle sera une complice pour Œdipe et un guide pour Antigone.
Ce petit livre raconte l’enfance de cette femme exceptionnelle.
Diotime est issue d’un clan appartenant à une lignée perse dont les plus lointains ancêtres étaient de lions. Chaque année, les hommes du clan livrent un combat contre le roi des animaux. Ce rituel est violent et meurtrier, mais il n’y a pas de plus grand honneur que d’y participer.
Durant toute son enfance Diotime a ressenti l’appel de ce grand fauve et, une fois devenue jeune-femme, elle parvient à convaincre les hommes de la laisser participer à la fête sacrée. Cette expérience ancestrale la transforme profondément et guidera le reste de sa vie.
Elle rencontre ensuite Arsès dont elle tombe instantanément amoureuse et qu’elle décide d’accompagner dans l’épreuve périlleuse à laquelle il se soumet pour mériter son amour: combattre le plus puissant des lions, son ancêtre lui-même.

Dans ce livre de quelques pages, Henry Bauchau décrit à nouveau une femme qui dépasse sa condition et trace une voie lumineuse dans un monde mythique imprégné d’honneur et de la sagesse des temps anciens. Quel beau voyage.

dimanche 19 avril 2009

"Antigone" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 11 avril 2009

Après le terrible drame qui frappe Œdipe et sa famille, le grand roi déchu ne peut survivre à Thèbes et quitte la ville à la recherche de lui-même. Sa fille Antigone l'accompagne tout au long de ce périple, n'ayant pu se résoudre à laisser son père partir seul. Arrivés à Colone après une dizaine d'années d'errance et d'épreuves, il est temps pour Œdipe d'affronter seul son destin. Antigone décide alors de revenir à Thèbes pour tenter d'apaiser le conflit qui grandit sans cesse entre ses frères jumeaux Polynice et Etéocle. Aucun des deux n'étant prêt à laisser à l'autre le trône de Thèbes, ils décident chacun de lever une armée et se préparent à livrer bataille contre leur propre sang. Avec l'aide de sa sœur Ismène, Antigone tente tout pour raisonner ses frères mais ne peut empêcher l'inéluctable d'arriver, plongeant les quatre descendants d'Œdipe vers le plus tragique des destins.

A nouveau (comme dans le précédent volume Œdipe sur la route) Henry Bauchau nous offre sa propre interprétation du grand mythe de l'Antiquité grecque, mettant au centre du tableau une Antigone bouleversante de générosité, d'humilité et de courage, qui offre tout ce qui est en elle pour défendre ce qui est juste. Sa sœur mais surtout ses deux frères prennent également une dimension fascinante, personnages parfaits et splendides, mêlés d'amour et d'une haine effrayante. Le récit de leurs combats est éclatant, et l'auteur va jusqu'à décrire leurs chevaux sublimes de façon mémorable. L'ombre d'Œdipe qui reste continuellement présente est également très touchante.
A nouveau j'ai beaucoup apprécié cette œuvre excellente qui nous emmène dans un monde profond et poétique, celui d'un auteur exceptionnel.

dimanche 8 mars 2009

"Oedipe sur la route" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 juillet 1996, seconde lecture le 5 mars 2009

Ce livre raconte l'exil du grand roi Œdipe, qui décide de s'aveugler et de quitter Thèbes après la révélation du parricide et de l'inceste suivi du suicide de sa femme et mère Jocaste. Sa fille Antigone l'accompagne dans ce long voyage, ainsi que Clios le bandit qu'ils rencontrent un peu plus loin sur la route.
Leur errance dure 10 années, au cours desquelles ils sont perpétuellement à la recherche d'eux-mêmes et de leur destin. Il se soumettent à des épreuves toujours plus douloureuses et fantastiques, contraints à des actes énigmatiques qu'ils ne peuvent maîtriser et poussant jusqu'au bout les limites de leur corps, pour atteindre finalement "ce point où la clarté du ciel se confond avec la lumière dorée des soleils".

Cette interprétation toute personnelle du récit mythique de Sophocle, construite et imaginée par Henry Bauchau entre Œdipe Roi et Œdipe à Colone, est l'une des plus grandes œuvres que j'ai lues jusqu'ici.
Le combat impitoyable que livre son héro demi-dieu maudit contre une falaise afin d'en dégager l'immense vague de leur délire, est réellement magnifique. La part belle faite aux arts tels que le chant, la danse et la sculpture comme moyen de délivrance m'a également particulièrement touchée.
Robert Jouanny le confirme à la fin du livre: on l'appelle Œdipe, mais il pourrait aussi bien porter le nom de chacun de nous. L'important est ce voyage intérieur dans lequel un homme affronte les ténèbres qu’il porte en lui jusqu’à atteindre la connaissance de soi.