vendredi 16 septembre 2011

"La route" de Cormac McCarthy

Lecture achevée le 10 septembre 2011

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les quelques survivants, un père et son fils errent sur la route. Il n’y a plus de nourriture, nulle part. Ils sont affamés et surtout terrorisés, car si un autre survivant les croise il voudra les tuer pour les manger. Ils se cachent. Ils ont terriblement froids et sont malades. Ils tentent d’avancer un peu chaque jour vers le sud, en mangeant tout ce qu’ils trouvent, comme des bêtes. Ca fait déjà plusieurs années qu’ils survivent, main dans la main. Le père fait tout ce qu’il peut pour protéger son fils. Quand ils voient un autre survivant, il est parfois obligé de le tuer. Mais il ne veut pas le manger. Son fils non plus. Ils ne veulent pas en arriver là, même s’il n’y a plus d’espoir. Chaque jour ils avancent de quelques centaines de mètres, parfois quelques kilomètres. Mais il n’y a plus rien. Le fils regarde son père dans les yeux. Il essaie de soutenir son regard, de montrer qu’il l’aime plus que tout. Ils mourront bientôt, sûrement. L’espèce humaine mourra, il n’y a pas d’autre issue.

Quel livre terrifiant, tellement touchant. Il m’a été envoyé par ma cousine, qui n’a pas pu le lire jusqu’au bout. Trop noir. En effet, on tourne les pages une à une en se disant qu’enfin il y aura une lueur d’espoir, mais elle ne vient pas. Rien du tout. On assiste au destin horrible de ce père et de son fils, qui meurent un peu plus chaque jour sous nos yeux. Je l’imagine d’une dizaine d’années, tenant la main de son papa en marchant sur la route goudronnée, slalomant entre les cadavres et les carcasses de voiture. Ils se parlent, parfois. Il l’aime à en mourir, comme un père aime son fils (je sais de quoi je parle), mais il ne peut rien faire pour le sauver. Insupportable sentiment d’impuissance. Il se battra jusqu’au bout, sous une douleur intenable ou dans la maladie, mais il n’y a pas d’issue. Ce livre, prix Pulitzer 2007, est rédigé de façon étonnante, sans ponctuation et avec des phrases qui n’en finissent pas. Nos deux héros n’ont pas de nom (tout au long du récit il s’agit de "l’homme" et du "petit"), pas véritablement d’identité. Il s’agit de vous et moi, avec notre fils, assistant impuissants à la fin de tout. Terrifiant, mais sans doute largement réussi car il ne peut pas laisser indifférent.

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