dimanche 23 janvier 2011

"Hélène" de Euripide

Lecture achevée le 16 janvier 2011

Tandis que l’image de la guerre troyenne ne cessait de grandir, une curieuse légende apparaissait dans son ombre. Hélène, disait-on, n’est jamais allée à Troie. Aphrodite l’avait promise au fils de Priam, Pâris, s’il lui donnait le prix de la beauté. Mais les dieux ne voulurent pas qu’elle fut infidèle. Le Troyen n’emporta donc qu’un fantôme tandis qu’Hermès l’enlevait elle-même vers l’Egypte et la confiait au roi Protée, qui mourut entretemps et laissa le trône à son fils Théoclymène.
Le rideau s’ouvre sur Hélène qui raconte son infortune. Elle est persuadée que son époux Ménélas est mort, et n’espère même plus rentrer un jour dans sa patrie. En outre, lors du règne de Protée rien ne menaçait son honneur, mais depuis le couronnement de son fils, ce dernier la poursuit et veut s’unir à elle.
Ménélas, quant à lui, est bien vivant et sur le chemin du retour de Troie, victorieux après dix ans de guerre. Il ramène avec lui sa belle, ou plutôt son fantôme mais il ne le sait pas. Malheureusement une tempête s’abat sur eux et échoue leur navire sur une terre inconnue. Ménélas apprend qu’il est sur la terre de Théoclymène, et que les grecs n’y sont pas les bienvenus car Hélène, la fille de Zeus, habite ici. Ménélas est sans voix et n’y comprend plus, jusqu’à ce que le fantôme qu’il a ramené de Troie s’évapore et qu’il aille trouver en secret la véritable Hélène dans le palais du roi. Les deux époux sont transportés de joie, tellement heureux de se retrouver et Ménélas d’apprendre que sa femme ne lui a en fait jamais été infidèle. Il faut fuir maintenant, avant que Théoclymène ne découvre Ménélas. Pour ce faire ils mettent au point un plan audacieux. Hélène décide de faire croire au roi qu’elle a appris la mort de son époux par un grec rescapé qui est venu jusqu’à elle. Elle présente à Théoclymène ce grec qui est Ménélas lui-même, mais qui se fait passer pour un autre. Elle prétend dès lors être enfin prête à devenir sa femme comme il le désire, mais en échange lui demande la faveur de pouvoir honorer son époux défunt en déposant des offrandes à la mer. Cette cérémonie devant se passer au large, il lui faudra un bateau et qui de mieux que ce grec rescapé pour l’assister dans cette cérémonie. Théoclymène, enchanté par la perspective d’épouser finalement Hélène dès son retour, accepte toutes ses conditions et sans le savoir, offre aux deux époux de Sparte un très agréable voyage de retour vers leur patrie.

Voici une légende très intéressante qui remet en question l’origine même de la guerre de Troie. La célèbre Ilion a-t-elle donc entièrement brûlée après dix années de massacre pour rien ? Elle illustre en tous cas une fois de plus cette terrible vérité de l’époque que nous rappelle Marie Delcourt-Curvers dans sa préface: "La sagesse de l’homme est de reconnaître qu’il est le jouet des dieux".

mardi 4 janvier 2011

"Les Troyennes" de Euripide

Lecture achevée le 31 décembre 2010

Cette tragédie est celle des femmes de Troie. La guerre est finie. Leurs époux sont tous morts. Leur ville est détruite. Elles sont réduites en esclavage et distribuées aux différents rois grecs.
Hécube, mère de l’illustre Hector, est au centre de cette pièce. Elle apprend que sa fille Cassandre est promise au grand roi Agamemnon qui a succombé à ses charmes. Son autre fille Polyxène est offerte au défunt Achille, égorgée sur sa tombe. Andromaque est livrée au fils d’Achille et est donc condamnée à servir le foyer de leurs assassins. Son fils Astyanax, tout ce qu’il reste du puissant Hector, est jeté du haut des remparts de la ville car considéré comme une menace potentielle dont il ne faut pas s’embarrasser. Reste à décider du sort de la belle Hélène, livrée à son époux Ménélas. Elle implore sa pitié de manière fort habile, mais ce dernier reste de marbre. Elle rentrera avec lui sur ses terres et sera vraisemblablement tuée publiquement dès leur arrivée.

Que dire de cette tragédie ? Elle est pratiquement dépourvue d’intrigue, laissant plutôt place à une série de scènes de souffrance peu connectées. Je l’ai trouvée néanmoins très intéressante car elle clôture d’une certaine manière la guerre de Troie, et illustre la cruauté des vainqueurs blâmée par les dieux eux-mêmes à l’ouverture de la pièce (Poséidon et Athéna). L’écriture est également dans le plus pur style de l’époque.

"Olympos" de Dan Simmons

Lecture achevée le 22 décembre 2010

A l’inverse de ce que j’annonçais dans ma critique du volume de Dan Simmons qui précède celui-ci Ilium, j’ai décidé de quand-même lire cette deuxième et dernière partie du récit. Malgré les avis divergents, j’étais trop intrigué de savoir comment ce grand auteur pouvait faire évoluer la situation après le retournement des Troyens et des Grecs contre leurs créateurs…
Echappant complètement au scénario d’Homère, Achille et Hector se sont donc alliés pour vaincre les dieux et assiéger leur forteresse martienne. Ils profitent du support des entités robotiques Moravecs pour rattraper leur immense retard technologique, et tentent d’avancer jour après jour sur la terre de leurs ennemis. Malgré leur puissance, leur courage et leur nombre, ils subissent malheureusement des pertes terribles tant les dieux posthumains semblent invincibles et immortels, jusqu’au jour où les dieux eux-mêmes se retournent les uns contre les autres après s’être attirés les foudres de leur maître Zeus. La guerre prend alors une toute autre tournure qui se solde par une vision d’apocalypse. En parallèle avec ces événements, les deux autres récits entamés dans le premier tome se poursuivent également à travers une série d’aventures et de rebondissements qui ne peuvent que plaire à tout amateur de bonne science-fiction (plus aucun rapport avec la guerre de Troie).

Je ne regrette pas du tout d’avoir lu ce second volume finalement. Bien sûr je comprends que ceux qui s’attachaient particulièrement au parallèle avec la guerre de Troie dans Ilium puissent en être déçus. En effet il faut avouer que Olympos n’a pratiquement plus de lien avec Homère. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à nous tenir en haleine constamment, et de nous faire vivre aux côtés de ses personnages un beau voyage dans le futur très lointain imaginé par cet auteur de référence.