jeudi 29 décembre 2011

"Les légendes de Brocéliande et du roi Arthur" texte de C.-J. Cuyonvarc'h


Lecture achevée le 22 décembre 2011

"La légende arthurienne est une littérature complète et parfaite" (Christian-J. Guyonvarc’h, professeur honoraire de celtique à l’université de Rennes 2, et spécialiste dans l’étude des textes irlandais médiévaux).
Comme déjà repris dans mes 2 derniers billets, la matière de Bretagne regroupe un ensemble d’œuvres littéraires datant du Moyen Age qui racontent, avec de nombreuses variantes et de fréquentes digressions, les multiples aventures du roi Arthur et de ses chevaliers dans ce qu’il est convenu d’appeler la quête du Graal.
Ce petit livre n’a pour autre objectif que de nous en donner un avant-goût. Après avoir introduit la légende, il reprend quelques uns de ses textes de manière joliment illustrée.

Ce bouquin, à côté des 2 autres lus dernièrement, a finit de me convaincre. Ne m’étant initialement intéressé que par hasard au roi Arthur pour la simple et unique raison que c’est le prénom que j’ai choisi de donner à mon premier fils né en novembre 2009, me voilà maintenant attiré par sa légende qui semble extraordinaire et intéressé de découvrir plus concrètement ses aventures fantastiques. J’en ai donc commandé quelques volumes que je lirai dans les prochains mois. A bientôt donc.

mercredi 14 décembre 2011

"La légende du roi Arthur"

Lecture achevée le 12 décembre 2011

En 410, la Grande-Bretagne fut évacuée par les légions romaines. Alors débuta une période confuse, durant laquelle de petits chefs bretons se combattirent, n’hésitant pas parfois à appeler à leur secours des Barbares – Angles, Justes, Saxons – qui en profitèrent pour s’installer dans l’île, repoussant progressivement les Bretons vers l’Ouest et le Nord. Il semble toutefois que l’avancée saxonne ait connu une pause, au début du VIème siècle : c’est sans doute le souvenir magnifié de cette résistance celte contre les envahisseurs anglo-saxons qui est à l’origine de l’un des mythes littéraires les plus féconds que nous ait légués le Moyen Age : la légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.

Comme mentionné lors de ma précédente lecture, nul ne sait si Arthur a réellement existé. Ce qui est certain, cependant, c’est qu’il a généré une quantité impressionnante d’écrits et de travaux de toutes sortes. Traduits et adaptés dans la plupart des langues, réunis dans de grandes sommes romanesques en prose notamment, les hauts faits des chevaliers de la Table Ronde ont largement inspiré les artistes à travers les siècles. Encore aujourd’hui ils sont une source régulière pour nos cinéastes et auteurs contemporains de tous genres, avec par exemple Indiana Jones et la dernière croisade en 1989, le Da Vinci Code en 2003 ou plus récemment la série télévisée Kaamelott diffusée à partir de 2005.

Ce volume, publié sous la direction de Thierry Delcourt, directeur du département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France, rassemble les textes d’éminents spécialistes et constitue, par la force de l’analyse autant que par la richesse de son iconographie, un ouvrage de référence indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la légende arthurienne.

vendredi 9 décembre 2011

"Le roi Arthur" de Marc Rolland


Lecture achevée le 1er décembre 2011

Par l’entremise de l’enchanteur Merlin, le roi des Bretons Uther Pendragon séduit la femme de son vassal Gorlois de Cornouaille en se faisant passer pour ce dernier. De cette union naît Arthur. Merlin obtient la garde du nouveau-né en récompense de ses services. Il l’éloigne de la cour et assure son éducation. A la mort d’Uther, 15 ans plus tard, son héritier sera celui qui parvient à retirer une épée magique d’une pierre. Tous les seigneurs essaient en vain, et c’est Arthur, surgi de l’obscurité et encouragé par Merlin, qui y parvient. Devenu roi, Arthur doit lutter contre ses rivaux et reçoit de la Dame du Lac une épée magique, Excalibur. Victorieux, Arthur inaugure un règne d’exception, brillant et glorieux, et réunit les meilleurs chevaliers autour de la Table Ronde, en sa capitale de Camelot. On retient les noms de Cai, de Bédivère, Gauvain, Bohort, Tristan, Perceval, Galaad et le plus célèbre, meilleur chevalier d’entre tous, Lancelot. Ces chevaliers partent fréquemment en quête, combattent les méchants, secourent les opprimés et les belles demoiselles. Tous, ou presque, iront à la recherche du Saint-Graal, et beaucoup ne reviendront pas de cette expédition. Cette quête, au demeurant, affaibli la Table Ronde. Plus grave encore, un amour coupable unit la propre épouse d’Arthur, le reine Guenièvre, et son champion Lancelot. Une faction de chevaliers, regroupés autour de son neveu Mordred, révèle l’adultère au roi. Une guerre civile s’en suit, mettant aux prises le souverain et son vassal, achevant d’affaiblir le royaume. Mordred en profite alors pour s’emparer de la couronne. Lors de la bataille de Salesbières, Arthur défait Mordred et le tue mais lui-même, mortellement blessé, est conduit à Avalon par la fée Morgane pour y être soigné. La légende dit que peut-être, un jour, il en reviendra.

Cela résume ce qu’on appelle la “matière de Bretagne”, cad le corpus arthurien médiéval ou plus simplement l’essentiel des romans arthuriens, telle qu’elle est le plus souvent connue du grand public.

Mais qui est Arthur ? A-t-il réellement existé ? Regroupe-t-il plusieurs personnages dont les exploits ont été réunis sous un seul nom ? On est en droit de se poser la question, car toute la mythologie arthurienne apparaît comme emblématique d’un Moyen Age rêvé, chevaleresque et fastueux. Or on ne trouve aucune trace d’un Arthur à cette période de l’histoire. Il semblerait qu’il ait plutôt vécu au V-VIème siècle, ce qui laisserait entendre que toute la couleur locale qui entoure ce roi, sa cour, ses aventures, est fondamentalement anachronique.

Ce mystère, ainsi que les extraordinaires aventures du grand roi Arthur et de ses chevaliers, font de ce personnage un des mythes les plus étudiés et les plus repris de tous les temps, depuis l’Empire romain jusqu’à encore aujourd’hui avec une œuvres telle que Le Seigneur des Anneaux de Tolkien qui s’abreuve copieusement aux sources arthuriennes.

Ce petit bouquin est une très bonne entrée en matière pour celui/celle qui s’intéresse au mythe. Sans aller trop dans les détails, il nous explique son origine et en aborde les principaux thèmes de manière structurée et didactique.

dimanche 2 octobre 2011

"Rituels cathares" de Michel Gardère

Lecture achevée le 30 Septembre 2011

Le catharisme est une légende, un mythe, mais surtout une religion qui se développa au Moyen Age classique et

s’implanta dans le midi de la France. C’était une religion chrétienne, mais qui s’opposait à l’Eglise catholique romaine de l’époque et prônait un retour au modèle de premiers temps du christianisme. Les moines et curés catholiques vivaient dans le luxe et l’abondance, alors que les "bons hommes", représentants de l’Eglise cathare, pratiquaient la pauvreté absolue et travaillaient de leurs mains pour survivre. Ils interprétaient différemment les Ecritures, refusaient certaines croyances et contestaient la doctrine des sept sacrements. Combattu par la papauté, le catharisme suscita notamment deux croisades sanglantes, et s’éteignit au pied de Carcassonne vers le début du XIVème siècle.

Ayant passé mes vacances d’été dans l’Aude cette année, je me suis intéressé à l’histoire des cathares. De nombreux châteaux témoignant de cette époque fascinante peuvent encore être visités aujourd’hui.


vendredi 16 septembre 2011

"La route" de Cormac McCarthy

Lecture achevée le 10 septembre 2011

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les quelques survivants, un père et son fils errent sur la route. Il n’y a plus de nourriture, nulle part. Ils sont affamés et surtout terrorisés, car si un autre survivant les croise il voudra les tuer pour les manger. Ils se cachent. Ils ont terriblement froids et sont malades. Ils tentent d’avancer un peu chaque jour vers le sud, en mangeant tout ce qu’ils trouvent, comme des bêtes. Ca fait déjà plusieurs années qu’ils survivent, main dans la main. Le père fait tout ce qu’il peut pour protéger son fils. Quand ils voient un autre survivant, il est parfois obligé de le tuer. Mais il ne veut pas le manger. Son fils non plus. Ils ne veulent pas en arriver là, même s’il n’y a plus d’espoir. Chaque jour ils avancent de quelques centaines de mètres, parfois quelques kilomètres. Mais il n’y a plus rien. Le fils regarde son père dans les yeux. Il essaie de soutenir son regard, de montrer qu’il l’aime plus que tout. Ils mourront bientôt, sûrement. L’espèce humaine mourra, il n’y a pas d’autre issue.

Quel livre terrifiant, tellement touchant. Il m’a été envoyé par ma cousine, qui n’a pas pu le lire jusqu’au bout. Trop noir. En effet, on tourne les pages une à une en se disant qu’enfin il y aura une lueur d’espoir, mais elle ne vient pas. Rien du tout. On assiste au destin horrible de ce père et de son fils, qui meurent un peu plus chaque jour sous nos yeux. Je l’imagine d’une dizaine d’années, tenant la main de son papa en marchant sur la route goudronnée, slalomant entre les cadavres et les carcasses de voiture. Ils se parlent, parfois. Il l’aime à en mourir, comme un père aime son fils (je sais de quoi je parle), mais il ne peut rien faire pour le sauver. Insupportable sentiment d’impuissance. Il se battra jusqu’au bout, sous une douleur intenable ou dans la maladie, mais il n’y a pas d’issue. Ce livre, prix Pulitzer 2007, est rédigé de façon étonnante, sans ponctuation et avec des phrases qui n’en finissent pas. Nos deux héros n’ont pas de nom (tout au long du récit il s’agit de "l’homme" et du "petit"), pas véritablement d’identité. Il s’agit de vous et moi, avec notre fils, assistant impuissants à la fin de tout. Terrifiant, mais sans doute largement réussi car il ne peut pas laisser indifférent.

samedi 6 août 2011

"L'ombre du vent" de Carlos Ruiz Zafón

Lecture achevée le 2 août 2011

Nous sommes à Barcelone. Daniel Sempere est le fils d’un modeste boutiquier de livres. Un matin de 1945, alors que Daniel a 10 ans, son père le réveille à l’aube pour lui faire découvrir un endroit magique : le cimetière des livres oubliés. C’est une sorte de vaste bibliothèque secrète, dissimulée au fond d’un petit chemin perdu entre deux rues de la capitale Catalane. Dans ce labyrinthe de livres qui paraît interminable, la tradition veut que Daniel sélectionne et emporte un volume en particulier, afin qu’il ne soit jamais oublié. Il choisit L’Ombre du Vent de Julián Carax.
Une fois rentré chez lui, Daniel cherche à en savoir plus sur cet auteur qu’il ne connaît pas. Il découvre que son histoire est floue et très mystérieuse. Encore plus étrange, en tentant d’en savoir plus il fait la connaissance de plusieurs personnes qui sont prêtes à lui offrir une petite fortune pour son livre. Il semblerait en effet que ce soit peut-être l’unique exemplaire de tous les livres publiés par cet auteur qui n’ait pas été brûlé au cours des dernières années par un homme défiguré qui parcoure le monde en se faisant appeler Laín Coubert. Daniel décide alors d’enquêter sur cet auteur Julián Carax, et découvre petit à petit une histoire effroyable qui va l’entraîner dans une aventure qui transformera sa vie.

C’est ma petite Maman qui m’a proposé de lire ce roman, qu’elle a trouvé excellent. Je lui en suis reconnaissant, car même s’il est assez éloigné de mes lectures habituelles je peux dire que globalement je l’ai vraiment apprécié. Certains passages traînent un peu en longueur à mon goût, mais dans l’ensemble le texte et l’intrigue sont de grande qualité. Les ambiances sont particulièrement bien décrites. L’auteur nous transporte véritablement dans les rues de Barcelone, nous fait sentir son odeur et voir ses lumières. On s’attache également aux personnages qui semblent vivants, surtout l’original Fermin m’a beaucoup plu. Belle réussite et belle découverte.

lundi 20 juin 2011

"Tristan et Iseult" par René Louis

Lecture achevée le 20 juin 2011

Tristan est un homme brave, loyal et courageux issu d’une noble famille. Après la mort de son père il est recueilli par son oncle, le roi Marc de Cornouaille (Bretagne Armoricaine). Il fait la connaissance de la fille du roi d’Irlande Iseult lors d’une mission un peu particulière, celle de la demander en mariage au nom du roi Marc. C’est lors de leur voyage de retour vers la Bretagne que Tristan et Iseult commettent l’irréparable. Ils boivent à leur insu un philtre d’amour, et tombent éperdument amoureux. C’est alors que commence leur douloureuse histoire, car ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre mais n’ont pourtant aucun droit de s’aimer car Iseult est devenue l’épouse du roi Marc entretemps. Pendant des années ils tentent de vivre leur amour en secret mais éveillent malgré eux des soupçons qui transforment leur vie en calvaire, et ce jusqu’au plus tragique des dénouements qui les unira à jamais.

Issue de la tradition orale, l’histoire de Tristan et Iseult est une légende médiévale qui n’a pas vraiment d’auteur original. Plusieurs textes différents ont vu le jour aux XIIème et XIIIème siècles, et ont servi de base à différentes reconstitutions en français moderne dont l’une des plus remarquables d’après l’auteur de la présente édition est celle de Joseph Bédier vers l’année 1900. La version que j’ai lue ici est celle de René Louis éditée en 1972, qui a tenté de mettre d’avantage en valeur les traits de mœurs plus primitifs ou barbares des textes conservés. Il s’agit en fait d’un livre que j’avais dans ma bibliothèque depuis de nombreuses années, car il s’agissait d’une lecture imposée à l’école secondaire (début des années 1990 pour moi), que j’ai eu envie de rouvrir un beau matin de juin 2011. Quelle jolie histoire. Quelle magnifique écriture. J’ai bien apprécié cette lecture mythique et pourtant d’une grande simplicité, un véritable voyage au temps de chevaliers et des légendes du Moyen Age.

dimanche 15 mai 2011

"Les Thanatonautes" de Bernard Werber

Lecture achevée le 14 mai 2011

Nous avons tous entendus ces récits de personnes qui ont été cliniquement mortes durant quelques secondes/minutes et qui sont ensuite revenues. Elles parlent d’un tunnel, d’une lumière qui les attire. Hallucination ou réalité ? Existe-t-il réellement quelque chose après la mort ? Ces questions sont toujours restées sans réponse, jusqu’à ce qu’une expérience de mort imminente soit vécue par le président Français lui-même vers l’année 2060. Intrigué par ce qu’il a vu et ressenti, il décide de créer un nouveau département de recherche scientifique dédié à la découverte et l’exploration du continent des morts. Il engage les jeunes chercheurs Michael Pinson et Raoul Razorbak, et met à leur disposition tous les moyens matériels et humains dont ils ont besoin pour relever ce défit incroyable. Après avoir tué plus d’une centaine de cobayes (des prisonniers incarcérés à perpétuité auxquels la libération sans condition était promise en cas de succès), en utilisant les techniques de la médecine et de l’astronautique ils arrivent petit à petit à maîtriser le voyage aller-retour vers l’au-delà, et révèlent au monde entier qu’il existe bel et bien un voyage fantastique après la mort. La Thanatonautique est née, du grec Thanatos (divinité de la mort) et nautès (navigateur), et change le cours du monde en dévoilant que chacun de nos actes sur Terre, jusqu'au plus insignifiant, a une influence directe sur le traitement qui nous sera réservé dans l’éternité.

Voici un bouquin bien dépaysant. Il ne s’agit pas de grande littérature bien sûr, mais plutôt d’un voyage dans l’imagination florissante de l’auteur sur un sujet qui, il faut bien le dire, intrigue chacun d’entre nous au moins un petit peu. Que se passe-t-il après la mort ? Bernard Werber nous donne ici sa réponse sous forme d’un roman léger mais amusant et plein de rebondissements. Parfait pour se changer les idées.

vendredi 11 mars 2011

"L'Alchimiste" de Paulo Coelho

Lecture achevée le 10 mars 2011

Les alchimistes sont des hommes qui consacrent leur vie à purifier des métaux dans des laboratoires : ils croient que si l’on cuit un métal pendant des années et des années, celui-ci finira par se libérer de toutes ses propriétés spécifiques, et qu’alors il ne restera plus à sa place que l’Äme du Monde. Cette chose unique permet aux alchimistes de comprendre tout ce qui existe sur terre, car elle est le langage grâce auxquelles les choses communiquent entre elles. C’est cette découverte qu’ils appellent le Grand Œuvre, constitué d’une partie liquide et d’une partie solide. La partie liquide est appelée Elixir de Longue Vie, qui guérit non seulement toutes les maladies, mais empêche également l’alchimiste de vieillir. La partie solide est la Pierre Philosophale, qui possède une propriété tout à fait extraordinaire. Il suffit d’un tout petit fragment de cette pierre pour transformer de grandes quantités de vil métal en or.

Ce livre est l’histoire d’un jeune berger Espagnol qui fait la connaissance d’un roi, et qui se rend compte que sa vie ne le comble pas autant qu’il se force à le croire. Il décide alors de quitter ses moutons pour suivre un rêve qu’il a fait quelques fois. Ce long voyage, au cours duquel il rencontre un marchand, un Anglais, une femme du désert, et finalement un alchimiste, l’emmène jusqu’aux plus beau des trésors qu’il trouve au pied des pyramides d’Egypte : l’accomplissement de sa Légende Personnelle.

Il s'agit en fait d'un rappel à chacun de nous, rédigé sous forme de l’histoire rocambolesque et un peu fantastique d’un gardien de mouton. Nous n’avons qu’une seule vie, et rien ne devrait être plus important que de la vivre. La plupart d’entre nous sont précipités dans un quotidien qui nous fait oublier nos rêves, qui fausse nos valeurs et qui ne nous permet pas de nous accomplir réellement.
Même si je n’en ai pas particulièrement apprécié la lecture car la narration ainsi que le style d’écriture littéraire sont inintéressants, j’ai toutefois bien compris où ce livre voulait m’emmener. Et le contrat est rempli, car en écrivant ces quelques lignes je me suis pris à penser au véritable message de ce texte, et à mettre ma vie en perspective.

Nous faisons fausse route, et le pire, c’est que nous le savons très bien.

mardi 15 février 2011

"Le Cyclope" de Euripide

Lecture achevée le 4 février 2011

Sur le retour d’Ilion, Ulysse et ses hommes débarquent sur la terre de l’Etna pour chercher quelque ravitaillement. Alors qu’ils s’apprêtent à échanger un peu de vin contre de la nourriture avec le vieux Silène, un ogre immonde de la race des Cyclopes les capture. Après avoir examiné lesquels de ses nouveaux prisonniers étaient les mieux en chair et les plus gras, le Cyclope en mange deux d’entre eux comme des friandises. Ulysse, anéanti et effrayé, n’en perd pas moins son sang froid et propose à l’ogre un peu de vin pour accompagner son repas. Dans le même temps, il demande discrètement au reste de ses hommes de faire chauffer un grand tison dans le feu. Le Cyclope y prenant goût, Ulysse lui verse de plus en plus de vin jusqu’à ce qu’il soit ivre. Une fois l’ogre endormi sous l’effet de la liqueur, Ulysse et ses hommes survivants brandissent le tison brûlant et transpercent l’œil unique du monstre. Ils prennent alors la fuite et quittent cette île maudite aussi vite qu’ils le peuvent.

Le Cyclope est une des créatures les plus fantastiques de la mythologie grecque. Sorte de géant n’ayant qu’un œil au milieu du front, j’ai fais pour la première fois sa connaissance dans l’Odyssée. Le scénario que raconte Homère est assez proche de cette tragédie d’Euripide, à quelques différences près comme la rencontre du vieux Silène qui livrera notre héro et ses hommes à l’ogre cruel. J’ai bien apprécié cette pièce qui m’a rappelé le voyage d'Ulysse bien sûr, mais également Olympos car on y comprend qu’Ulysse prend le nom de Personne par ruse pour tromper le monstre.

dimanche 13 février 2011

"Iphigénie en Tauride" de Euripide

Lecture achevée le 27 janvier 2011

Iphigénie est la fille du grand roi des Grecs Agamemnon. Sa vie devait être sacrifiée par son père pour que les dieux le laissent partir à la conquête de Troie, mais Artémis l’a sauvée in extremis et l’a déposée en Tauride, pays barbare où règne le roi Thoas. Elle y est instituée prêtresse du temple de la déesse, et se doit d’offrir en sacrifice tous les Grecs qui débarquent à ce rivage.
De son côté, Oreste a reçu une périlleuse mission de Phoibos. En guise de remède à cet égarement qui sans cesse l’agite depuis le meurtre de sa mère Clytemnestre pour venger son père, il doit se rendre sur la terre Taurique, y trouver le temple d’Artémis et y subtiliser sa statue sacrée pour la ramener à Athènes.
Ne connaissant pas le sort que cette contrée réserve à chaque Grec qui y débarque, Oreste est fait prisonnier dès qu’il y pose le pied, et est amené devant la prêtresse d’Artémis pour être sacrifié selon la coutume. Il y reconnait avec stupeur sa sœur Iphigénie, qui retrouve également son frère tant aimé. Emerveillés par ces retrouvailles inespérées, ils mettent au point un stratagème pour s’évader ensemble de ce pays. Iphigénie signifie au roi Thoas que ce Grec à peine débarqué est un parricide, et qu’il ne peut être offert en sacrifice à la déesse sans avoir été purifié au préalable dans la mer. Ses mains ayant touché la statue sacrée, cette dernière se doit d’être purifiée également. En outre, la prêtresse précise que cette purification peut prendre du temps et qu’elle ne doit en aucun cas être dérangée. Elle demande également au roi que chaque habitant de la ville reste chez lui pendant l’accomplissement de ce rite afin d’être protégé du mauvais sort. Thoas la remercie sincèrement du souci qu’elle a de son peuple, et accède à toutes ses demandes sans se rendre compte qu’il participe à l’évasion de sa captive et de son frère.
Une fois parvenus à la mer, Iphigénie et Oreste embarquent tranquillement à bord de son bateau qui les attendait et prennent le large avec la statue sacrée vers la ville de leurs origines.

Cette pièce se rapproche d'Hélène que j’ai lue précédemment du même auteur, où les deux époux se retrouvent également après tant d’années et mettent au point un plan pour tromper la vigilance du roi et s’enfouir vers leur pays. On y retrouve à nouveau Oreste, perpétuellement tourmenté il me semble. Cette fois, c’est après avoir tué sa mère (comme décrit dans la pièce Electre de Sophocle) que l’oracle d’Apollon l’envoie avec son fidèle Pylade à la rencontre de sa sœur perdue pour lui donner finalement quelque réconfort. Cette tragédie est bien conçue et joliment écrite comme à l’habitude de son illustre auteur.

dimanche 23 janvier 2011

"Hélène" de Euripide

Lecture achevée le 16 janvier 2011

Tandis que l’image de la guerre troyenne ne cessait de grandir, une curieuse légende apparaissait dans son ombre. Hélène, disait-on, n’est jamais allée à Troie. Aphrodite l’avait promise au fils de Priam, Pâris, s’il lui donnait le prix de la beauté. Mais les dieux ne voulurent pas qu’elle fut infidèle. Le Troyen n’emporta donc qu’un fantôme tandis qu’Hermès l’enlevait elle-même vers l’Egypte et la confiait au roi Protée, qui mourut entretemps et laissa le trône à son fils Théoclymène.
Le rideau s’ouvre sur Hélène qui raconte son infortune. Elle est persuadée que son époux Ménélas est mort, et n’espère même plus rentrer un jour dans sa patrie. En outre, lors du règne de Protée rien ne menaçait son honneur, mais depuis le couronnement de son fils, ce dernier la poursuit et veut s’unir à elle.
Ménélas, quant à lui, est bien vivant et sur le chemin du retour de Troie, victorieux après dix ans de guerre. Il ramène avec lui sa belle, ou plutôt son fantôme mais il ne le sait pas. Malheureusement une tempête s’abat sur eux et échoue leur navire sur une terre inconnue. Ménélas apprend qu’il est sur la terre de Théoclymène, et que les grecs n’y sont pas les bienvenus car Hélène, la fille de Zeus, habite ici. Ménélas est sans voix et n’y comprend plus, jusqu’à ce que le fantôme qu’il a ramené de Troie s’évapore et qu’il aille trouver en secret la véritable Hélène dans le palais du roi. Les deux époux sont transportés de joie, tellement heureux de se retrouver et Ménélas d’apprendre que sa femme ne lui a en fait jamais été infidèle. Il faut fuir maintenant, avant que Théoclymène ne découvre Ménélas. Pour ce faire ils mettent au point un plan audacieux. Hélène décide de faire croire au roi qu’elle a appris la mort de son époux par un grec rescapé qui est venu jusqu’à elle. Elle présente à Théoclymène ce grec qui est Ménélas lui-même, mais qui se fait passer pour un autre. Elle prétend dès lors être enfin prête à devenir sa femme comme il le désire, mais en échange lui demande la faveur de pouvoir honorer son époux défunt en déposant des offrandes à la mer. Cette cérémonie devant se passer au large, il lui faudra un bateau et qui de mieux que ce grec rescapé pour l’assister dans cette cérémonie. Théoclymène, enchanté par la perspective d’épouser finalement Hélène dès son retour, accepte toutes ses conditions et sans le savoir, offre aux deux époux de Sparte un très agréable voyage de retour vers leur patrie.

Voici une légende très intéressante qui remet en question l’origine même de la guerre de Troie. La célèbre Ilion a-t-elle donc entièrement brûlée après dix années de massacre pour rien ? Elle illustre en tous cas une fois de plus cette terrible vérité de l’époque que nous rappelle Marie Delcourt-Curvers dans sa préface: "La sagesse de l’homme est de reconnaître qu’il est le jouet des dieux".

mardi 4 janvier 2011

"Les Troyennes" de Euripide

Lecture achevée le 31 décembre 2010

Cette tragédie est celle des femmes de Troie. La guerre est finie. Leurs époux sont tous morts. Leur ville est détruite. Elles sont réduites en esclavage et distribuées aux différents rois grecs.
Hécube, mère de l’illustre Hector, est au centre de cette pièce. Elle apprend que sa fille Cassandre est promise au grand roi Agamemnon qui a succombé à ses charmes. Son autre fille Polyxène est offerte au défunt Achille, égorgée sur sa tombe. Andromaque est livrée au fils d’Achille et est donc condamnée à servir le foyer de leurs assassins. Son fils Astyanax, tout ce qu’il reste du puissant Hector, est jeté du haut des remparts de la ville car considéré comme une menace potentielle dont il ne faut pas s’embarrasser. Reste à décider du sort de la belle Hélène, livrée à son époux Ménélas. Elle implore sa pitié de manière fort habile, mais ce dernier reste de marbre. Elle rentrera avec lui sur ses terres et sera vraisemblablement tuée publiquement dès leur arrivée.

Que dire de cette tragédie ? Elle est pratiquement dépourvue d’intrigue, laissant plutôt place à une série de scènes de souffrance peu connectées. Je l’ai trouvée néanmoins très intéressante car elle clôture d’une certaine manière la guerre de Troie, et illustre la cruauté des vainqueurs blâmée par les dieux eux-mêmes à l’ouverture de la pièce (Poséidon et Athéna). L’écriture est également dans le plus pur style de l’époque.

"Olympos" de Dan Simmons

Lecture achevée le 22 décembre 2010

A l’inverse de ce que j’annonçais dans ma critique du volume de Dan Simmons qui précède celui-ci Ilium, j’ai décidé de quand-même lire cette deuxième et dernière partie du récit. Malgré les avis divergents, j’étais trop intrigué de savoir comment ce grand auteur pouvait faire évoluer la situation après le retournement des Troyens et des Grecs contre leurs créateurs…
Echappant complètement au scénario d’Homère, Achille et Hector se sont donc alliés pour vaincre les dieux et assiéger leur forteresse martienne. Ils profitent du support des entités robotiques Moravecs pour rattraper leur immense retard technologique, et tentent d’avancer jour après jour sur la terre de leurs ennemis. Malgré leur puissance, leur courage et leur nombre, ils subissent malheureusement des pertes terribles tant les dieux posthumains semblent invincibles et immortels, jusqu’au jour où les dieux eux-mêmes se retournent les uns contre les autres après s’être attirés les foudres de leur maître Zeus. La guerre prend alors une toute autre tournure qui se solde par une vision d’apocalypse. En parallèle avec ces événements, les deux autres récits entamés dans le premier tome se poursuivent également à travers une série d’aventures et de rebondissements qui ne peuvent que plaire à tout amateur de bonne science-fiction (plus aucun rapport avec la guerre de Troie).

Je ne regrette pas du tout d’avoir lu ce second volume finalement. Bien sûr je comprends que ceux qui s’attachaient particulièrement au parallèle avec la guerre de Troie dans Ilium puissent en être déçus. En effet il faut avouer que Olympos n’a pratiquement plus de lien avec Homère. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à nous tenir en haleine constamment, et de nous faire vivre aux côtés de ses personnages un beau voyage dans le futur très lointain imaginé par cet auteur de référence.