samedi 12 juin 2010

"Sous l'oeil d'Oedipe" de Joël Jouanneau

Lecture achevée le 28 mai 2010

C’est il y a tout juste un an (en juin 2009) que Joël Jouanneau publie ce nouveau voyage intime au cœur du mythe. Cette pièce est une tentative de retracer, en un même texte et en un même soir au théâtre, le destin sanglant de la maison des Labdacides : Œdipe et ses enfants-frères, Antigone, Polynice, Etéocle et Ismène.
Le premier acte La Malédiction reprend les temps forts de la pièce originale Œdipe Roi de Sophocle, où Œdipe se rend compte de l’ignoble parricide et de l’inceste dont il est l’auteur, se crève les yeux pour ne plus jamais devoir supporter un regard et quitte Thèbes en compagnie de sa fille Antigone.
Le second acte Le Père met en scène l’issue de son voyage après dix années d’errance sur les routes. Il s’agit d’un résumé de l’œuvre Œdipe à Colone de Sophocle, où Œdipe refuse de revenir à Thèbes, serre une dernière fois ses deux filles dans ses bras et maudit ses deux fils avant d’être emporté par les dieux définitivement.
Le troisième acte Les Frères se situe entre les pièces Œdipe à Colone et Antigone de Sophocle, et décrit les vaines tentatives d’éviter la guerre entre Polynice et Etéocle. Il se referme sur la mort inéluctable des deux frères, tombés sous les coups de l’autre à l’issue d’un combat jusqu’à l’épuisement. J’y retrouve une inspiration du roman Antigone d’Henry Bauchau, bien qu’Antigone n’y apparaisse pas elle-même.
Le quatrième et dernier acte Les Sœurs est issue de la pièce Antigone de Sophocle. Il reprend l’obstination d’Antigone de ne pas laisser son frère Polynice sans sépulture et sa condamnation à mort qui en découle. Le rideau se referme sur la mort d’Antigone, et sur son cadavre ficelé à celui de Polynice, symbole du combat qu’elle a mené contre tous.
En plus de réunir l’histoire de la famille d’Œdipe en un même texte, Joël Jouanneau y apporte une série de touches personnelles à la lumière des rencontres que cet auteur et metteur en scène a faites dans la littérature contemporaine. On y retrouve Œdipe portant dans ses bras le livre d’Edmond Jabès, et qui se voit ensuite remettre un écrit de Pierre Michon ainsi qu’un cahier contenant des poèmes de Sophocle, Yeats, Eliot et Beckett. Ismène ne cesse de courir après le portrait qu’a fait d’elle Ritsos, et il est certain qu’Antigone a croisé Emily Dinckinson. Beaucoup d’autres auteurs ont également inspiré cette œuvre, comme le mentionne Jouanneau dans ses remerciements.

Pour ma part j’ai apprécié cette œuvre comme un résumé des œuvres déjà lues auparavant, mais sans véritable enthousiasme car je connaissais déjà en détails toutes les étapes de l’histoire. La voir au théâtre aurait probablement été un émerveillement, mais la lecture du texte seul n’a pas réussi à me transporter comme La Lumière Antigone de Bauchau par exemple. J’avoue que les nombreuses références que Jouanneau fait aux auteurs mentionnés ci-dessus sont hors de ma portée car je n’en connais que quelques-uns, ce qui est probablement une des raisons de ma légère déception.

2 commentaires:

antigone a dit…

Je pense qu'à présent que tu as lu les oeuvres majeures les autres vont te paraître d'un moindre intérêt, c'est normal.

Benjamin a dit…

Tu as probablement raison... mais je me lance quand-même dans Antigone 256 maintenant!