dimanche 13 juin 2010

"Andromaque" de Racine

Lecture achevée le 10 juin 2010

Andromaque est une des plus remarquables tragédies du 17ème siècle. Son histoire est basée sur la chaîne suivante : Oreste aime Hermione qui ne
l’aime pas. Hermione aime Pyhhrus qui ne l’aime pas. Pyhhrus aime Andromaque qui ne l’aime pas. Andromaque aime Hector qui est mort.
Le rideau s'ouvre sur le débarquement d'Oreste en Epire. Il vient pour demander à Pyhhrus, fils d’Achille et souverain de cette contrée, de livrer à la Grèce Astyanax, fils d’Hector et d’Andromaque qu’il retient captive depuis la fin de la guerre de Troie. Pyhhrus refuse d’accéder à cette demande car il est sous le charme d’Andromaque, et espère gagner son cœur par cet acte chevaleresque. Mais rien n’y fait, Andromaque persiste à le rejeter.
La visite d’Oreste a cependant un deuxième objectif caché. Il espère conquérir Hermione, promise à Pyhhrus mais humiliée par son comportement. Elle consentira à le suivre si Pyhhrus persiste dans son refus de livrer Astyanax, ce qui réjouit Oreste car le souverain semble pleinement déterminé. Malheureusement il retombe vite de son nuage care Pyhhrus, blessé par l’attitude d’Andromaque, fait subitement volte-face et décide de livrer son fils. Andromaque ne peut cependant supporter l’idée de perdre le dernier descendant de Troie, et accepte donc finalement d'épouser Pyhhrus en échange de la vie de son fils. Afin de ne pas trahir Hector, elle décide néanmoins secrètement qu’elle mettra fin à ses jours à la fin de la célébration.
Hermione est profondément blessée par l’union de Pyhhrus et Andromaque, et ne songe qu’à se venger. Elle somme Oreste d’assassiner Pyhhrus au nom de son amour pour elle, et acceptera de partir avec lui une fois la mort confirmée. Oreste est tiraillé entre ses sentiments pour Hermione et l’horreur d’assassiner le souverain, mais n’aura finalement pas à se donner cette peine car Pyhhrus est tué par le peuple Grec au cours de la cérémonie, ne supportant pas de voir Andromaque couronnée reine.
Hermione, toujours partagée entre amour et haine pour le souverain défunt, ne peut plus supporter de vivre et se poignarde en maudissant Oreste de lui rapporter la mort de Pyhhrus avec tant de joie. Le rideau se referme finalement sur le pauvre Oreste qui sombre dans la folie en louant le ciel pour toute l’application et l’acharnement qu’il aura mis à le punir.

Andromaque est bien une tragédie ! Tous ses héros ne sont unis que par le pouvoir dont chacun d’eux dispose de faire le malheur de l’autre. Comme le dit Raymond Picard dans sa préface, on n’en saurait douter : la guerre de Troie n’a eu lieu que pour livrer Andromaque à Pyhhrus ! En effet il n’y a rien d’imprévu dans la tragédie. Tout, et les revirements même, est tracé d’avance. La pièce est donc entièrement jouée quand le rideau se lève, tant les personnages n’ont aucune chance de s’en sortir. Dès avant sa naissance, avant de paraître dans la tragédie, Oreste a tué Pyhhrus et est devenu fou. Tous ces héros remplissent désespérément une vie tracée pour eux de toute éternité par les dieux, et qui se révèle à eux –et à nous– progressivement à mesure que s’accomplit leur malheur. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette œuvre magistrale de Racine, et à observer ses personnages se construire habilement en cinq actes un destin qui les écrase.

Bravo à Caroline Guiela et à ses jeunes artistes pour leur belle représentation de cette tragédie mythique ce vendredi 18 juin au Théâtre National du Luxembourg. J'en ai beaucoup apprécié la mise en scène contrastée et plus particulièrement cette sorte de violence qui s'en dégage.

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