mercredi 30 juin 2010

"Juan" de Denis Tillier

(Re-)Lecture le 30 juin 2010

Petit hommage à mon père et aux moments de belle sincérité partagés avec cette modeste famille catalane. Leur petit village de Pratdip, perdu entre collines brûlées par le soleil et champs de noisetiers, évoque une guirlande de beaux souvenirs d'enfants.

Tant d'années déjà.
Et pourtant c'était hier.

dimanche 13 juin 2010

"Andromaque" de Racine

Lecture achevée le 10 juin 2010

Andromaque est une des plus remarquables tragédies du 17ème siècle. Son histoire est basée sur la chaîne suivante : Oreste aime Hermione qui ne
l’aime pas. Hermione aime Pyhhrus qui ne l’aime pas. Pyhhrus aime Andromaque qui ne l’aime pas. Andromaque aime Hector qui est mort.
Le rideau s'ouvre sur le débarquement d'Oreste en Epire. Il vient pour demander à Pyhhrus, fils d’Achille et souverain de cette contrée, de livrer à la Grèce Astyanax, fils d’Hector et d’Andromaque qu’il retient captive depuis la fin de la guerre de Troie. Pyhhrus refuse d’accéder à cette demande car il est sous le charme d’Andromaque, et espère gagner son cœur par cet acte chevaleresque. Mais rien n’y fait, Andromaque persiste à le rejeter.
La visite d’Oreste a cependant un deuxième objectif caché. Il espère conquérir Hermione, promise à Pyhhrus mais humiliée par son comportement. Elle consentira à le suivre si Pyhhrus persiste dans son refus de livrer Astyanax, ce qui réjouit Oreste car le souverain semble pleinement déterminé. Malheureusement il retombe vite de son nuage care Pyhhrus, blessé par l’attitude d’Andromaque, fait subitement volte-face et décide de livrer son fils. Andromaque ne peut cependant supporter l’idée de perdre le dernier descendant de Troie, et accepte donc finalement d'épouser Pyhhrus en échange de la vie de son fils. Afin de ne pas trahir Hector, elle décide néanmoins secrètement qu’elle mettra fin à ses jours à la fin de la célébration.
Hermione est profondément blessée par l’union de Pyhhrus et Andromaque, et ne songe qu’à se venger. Elle somme Oreste d’assassiner Pyhhrus au nom de son amour pour elle, et acceptera de partir avec lui une fois la mort confirmée. Oreste est tiraillé entre ses sentiments pour Hermione et l’horreur d’assassiner le souverain, mais n’aura finalement pas à se donner cette peine car Pyhhrus est tué par le peuple Grec au cours de la cérémonie, ne supportant pas de voir Andromaque couronnée reine.
Hermione, toujours partagée entre amour et haine pour le souverain défunt, ne peut plus supporter de vivre et se poignarde en maudissant Oreste de lui rapporter la mort de Pyhhrus avec tant de joie. Le rideau se referme finalement sur le pauvre Oreste qui sombre dans la folie en louant le ciel pour toute l’application et l’acharnement qu’il aura mis à le punir.

Andromaque est bien une tragédie ! Tous ses héros ne sont unis que par le pouvoir dont chacun d’eux dispose de faire le malheur de l’autre. Comme le dit Raymond Picard dans sa préface, on n’en saurait douter : la guerre de Troie n’a eu lieu que pour livrer Andromaque à Pyhhrus ! En effet il n’y a rien d’imprévu dans la tragédie. Tout, et les revirements même, est tracé d’avance. La pièce est donc entièrement jouée quand le rideau se lève, tant les personnages n’ont aucune chance de s’en sortir. Dès avant sa naissance, avant de paraître dans la tragédie, Oreste a tué Pyhhrus et est devenu fou. Tous ces héros remplissent désespérément une vie tracée pour eux de toute éternité par les dieux, et qui se révèle à eux –et à nous– progressivement à mesure que s’accomplit leur malheur. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette œuvre magistrale de Racine, et à observer ses personnages se construire habilement en cinq actes un destin qui les écrase.

Bravo à Caroline Guiela et à ses jeunes artistes pour leur belle représentation de cette tragédie mythique ce vendredi 18 juin au Théâtre National du Luxembourg. J'en ai beaucoup apprécié la mise en scène contrastée et plus particulièrement cette sorte de violence qui s'en dégage.

samedi 12 juin 2010

"Sous l'oeil d'Oedipe" de Joël Jouanneau

Lecture achevée le 28 mai 2010

C’est il y a tout juste un an (en juin 2009) que Joël Jouanneau publie ce nouveau voyage intime au cœur du mythe. Cette pièce est une tentative de retracer, en un même texte et en un même soir au théâtre, le destin sanglant de la maison des Labdacides : Œdipe et ses enfants-frères, Antigone, Polynice, Etéocle et Ismène.
Le premier acte La Malédiction reprend les temps forts de la pièce originale Œdipe Roi de Sophocle, où Œdipe se rend compte de l’ignoble parricide et de l’inceste dont il est l’auteur, se crève les yeux pour ne plus jamais devoir supporter un regard et quitte Thèbes en compagnie de sa fille Antigone.
Le second acte Le Père met en scène l’issue de son voyage après dix années d’errance sur les routes. Il s’agit d’un résumé de l’œuvre Œdipe à Colone de Sophocle, où Œdipe refuse de revenir à Thèbes, serre une dernière fois ses deux filles dans ses bras et maudit ses deux fils avant d’être emporté par les dieux définitivement.
Le troisième acte Les Frères se situe entre les pièces Œdipe à Colone et Antigone de Sophocle, et décrit les vaines tentatives d’éviter la guerre entre Polynice et Etéocle. Il se referme sur la mort inéluctable des deux frères, tombés sous les coups de l’autre à l’issue d’un combat jusqu’à l’épuisement. J’y retrouve une inspiration du roman Antigone d’Henry Bauchau, bien qu’Antigone n’y apparaisse pas elle-même.
Le quatrième et dernier acte Les Sœurs est issue de la pièce Antigone de Sophocle. Il reprend l’obstination d’Antigone de ne pas laisser son frère Polynice sans sépulture et sa condamnation à mort qui en découle. Le rideau se referme sur la mort d’Antigone, et sur son cadavre ficelé à celui de Polynice, symbole du combat qu’elle a mené contre tous.
En plus de réunir l’histoire de la famille d’Œdipe en un même texte, Joël Jouanneau y apporte une série de touches personnelles à la lumière des rencontres que cet auteur et metteur en scène a faites dans la littérature contemporaine. On y retrouve Œdipe portant dans ses bras le livre d’Edmond Jabès, et qui se voit ensuite remettre un écrit de Pierre Michon ainsi qu’un cahier contenant des poèmes de Sophocle, Yeats, Eliot et Beckett. Ismène ne cesse de courir après le portrait qu’a fait d’elle Ritsos, et il est certain qu’Antigone a croisé Emily Dinckinson. Beaucoup d’autres auteurs ont également inspiré cette œuvre, comme le mentionne Jouanneau dans ses remerciements.

Pour ma part j’ai apprécié cette œuvre comme un résumé des œuvres déjà lues auparavant, mais sans véritable enthousiasme car je connaissais déjà en détails toutes les étapes de l’histoire. La voir au théâtre aurait probablement été un émerveillement, mais la lecture du texte seul n’a pas réussi à me transporter comme La Lumière Antigone de Bauchau par exemple. J’avoue que les nombreuses références que Jouanneau fait aux auteurs mentionnés ci-dessus sont hors de ma portée car je n’en connais que quelques-uns, ce qui est probablement une des raisons de ma légère déception.