dimanche 18 avril 2010

"Antigone" de Jean Anouilh

Lecture achevée le 15 avril 2010

Au beau milieu de la nuit, Antigone revient à sa chambre sur la pointe des pieds. Elle se fait surprendre par sa nourrice qui avait remarqué son absence et s’inquiétait. Elle lui prétend s’être juste baladée dans la campagne, mais revient toutefois avec un comportement étrange. Elle fait jurer à sa nourrice de prendre soin de ceux qu’elle aime si elle venait à disparaître. Ismène les rejoint alors et prend Antigone do côté. Elle tente de raisonner sa sœur et de la dissuader d’exécuter son plan, pure folie que de défier Créon. Hémon arrive ensuite et Antigone s’excuse d’avance de ne pas pouvoir devenir sa femme et lui apporter tout le bonheur qu’il mérite. Elle va mourir aujourd’hui, car elle est allée enterrée son frère Polynice cette nuit.
Capturée par les gardes du roi, ils l’emmènent chez Créon après avoir soigneusement déterré le corps. Malgré cet affront intolérable, Créon ne veut pas la punir. C’est sa nièce tout de même. Il lui propose donc de la libérer et de se taire sur cet incident. Il fera disparaître les gardes qui ont assisté à la scène. Mais Antigone ne peut accepter cela. Tant qu’elle sera en vie, elle ne supportera pas de laisser le corps de son frère en proie aux oiseaux et aux chiens sauvages. Elle s’acharnera à essayer de l’enterrer, coute que coute. Créon, perdant patience, se résout alors à lui raconter la vérité.
Pourquoi avoir enterré Etéocle plutôt que Polynice ? Pur hasard. Si ça ne tenait qu’à lui Créon n’en aurait honoré aucun, car c’étaient tous les deux de crapules de bas étage, qui ont trahit leur patrie déjà plusieurs fois chacun, et qui on même tenté de faire assassiner leur père du temps de son règne. Mais Créon ne pouvait se le permettre. Pour le peuple il fallait faire d’un des deux frères morts un héro. Alors il a tout simplement choisi celui dont le corps était le moins abimé après le combat, car il fallait exposer le corps du héro aux lamentations du peuple, et l’autre été à peine reconnaissable. Etéocle a donc été choisi.
Frappée de plein fouet dans ses convictions, la dernière petite flamme qui brulait encore chez Antigone s’est éteinte. Terrassée par ce monde qui lui échappe une nouvelle fois, vivre n’a plus de sens pour elle. Elle obtient alors sa mort en criant au peuple ce qu’elle a osé faire contre les ordres du roi. Créon n’a donc plus le choix, et la condamne à mourir au fond d’un trou.
Hémon ne peut supporter la disparition de son aimée et se donne la mort devant son père. Apprenant la nouvelle, Eurycide, la femme de Créon, met fin à ses jours également. Créon est seul maintenant. Il a fait ce qu’il a cru juste et le résultat est désastreux. Mais il faut maintenant retourner aux affaires courantes, car le métier de roi est exigeant et le peuple n’attend pas.

Quelle interprétation géniale du mythe ! Jean Anouilh le recompose à son idée, en suivant la trame originale bien sûr mais en le personnalisant en profondeur. Il le précède par exemple d’un prologue tout à fait original, où Antigone est triste car elle sait d’avance qu’elle mourra à la fin de la pièce. Eurycide l’est également bien sûr, même si elle n’a qu’un tout petit rôle. Ismène est toute apprêtée et discute avec Hémon. Créon médite dans un coin, et la plupart des autres jouent au cartes en attendant que la pièce commence. L’intervention du chœur en milieu de pièce est également surprenante. Prenant un certain recul sur l’histoire elle-même, il nous explique avec un décalage cocasse que bien évidemment tout ira mal dans cette pièce, car c’est le propre d’une tragédie. Pour ceux qui avaient encore un doute, il ne faut donc pas s’attendre à un quelconque dénouement heureux. L’auteur fait également une série de clins d’œil à son époque (la pièce est écrite en 1944 en pleine occupation allemande) en y insérant plusieurs anachronismes, comme Antigone défiant les fusils de la garde du roi, ou le fait qu’Etéocle et Polynice adolescents passaient toutes leurs soirées à fumer au bar et faisaient des courses de voiture. Mais le décalage d’Anouilh trouve son apogée à la toute fin de la pièce lorsque Antigone, juste avant de mourir, a un entretien totalement hors de propos avec le garde qui va la murer vivante dans un instant. Ils parlent avec grand intérêt du métier de garde du roi. Elle lui demande comment être promu à ce grade (il faut d’abord être sergent de l’armée régulière et ensuite espérer être repéré), quel prestige il y a dans cette promotion, quels sont les avantages en nature, le solde et les allocations reçues en comparaison avec la position de sergent, ainsi des renseignement précis sur ses conditions de travail au quotidien !
Je fais également dans cette pièce la connaissance d’un Créon totalement différent de celui que je connaissais. Profondément humanisé, le pauvre admet que son métier de roi est loin d’être facile. Il faut sans cesse décider, punir, se faire respecter. Sinon l’anarchie devient inévitable.
Je connaissais évidemment le scénario par cœur, pour l’avoir lu de Sophocle et de Bauchau déjà, et c’est certainement grâce à cela que j’ai tellement apprécié cette pièce. Découvrir le mythe de la fin d’Antigone sous cet angle complètement différent était véritablement passionnant.

6 commentaires:

L'or des chambres a dit…

Que de morts... que de morts... Mais tout de même, cette Antigone, quelle "sacrée bonne femme"...
Une femme courageuse, digne, elle se bat jusqu'au bout pour enterrer son frère !
S'il est difficile d'être un roi, il est difficile aussi d'être une femme... et ceci même encore aujourd'hui...
A bientôt Benjamin

Lounapil a dit…

Jusqu'au bout on a envie de lui crier de renoncer mais rien n'y fait Antigone doit mourir. En tout cas une pièce qui permet de réfléchir à la notion d'engagement.

nyima a dit…

Une très belle tragédie! Anouilh nous montre une Antigone jeune et révolté, amoureuse et touchante. Une Antigone en quête de liberté. Anouilh nous présente aussi le terrible dilemme d'un homme qui à dit "oui" depuis longtemps, et qui ne peux plus retourner en arrière. J'ai beaucoup aimé cette pièce.
Je rajoute tout de même que, malgrès là beauté de cette tragédie, je préfére toujours le roman de Bauchau!

nyima a dit…

Une très belle tragédie! Anouilh nous montre une Antigone jeune et révolté, amoureuse et touchante. Une Antigone en quête de liberté. Anouilh nous présente aussi le terrible dilemme d'un homme qui à dit "oui" depuis longtemps, et qui ne peux plus retourner en arrière. J'ai beaucoup aimé cette pièce. Et je l'aime de plus en plus avec le temps.
Je rajoute tout de même que, malgrès là beauté de cette tragédie, je préfére toujours le roman de Bauchau!

MeTheBlackCat a dit…

J'ai bien aimé la version d'Anouilh également ! Et on y trouve des anachronismes vraiment originaux ^^

Benjamin a dit…

Tout à fait, originaux et audacieux. Dans une pièce aussi tragique il fallait oser!