samedi 27 mars 2010

"Journal d'Antigone (1989-1997)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 25 mars 2010

Après avoir publié son roman Œdipe sur la route en 1989, Henry Bauchau pensait avoir dit ce qu’il voulait dire sur Antigone et estimait cette étape franchie. Il désirait alors écrire d’autres choses. Il lui semblait en outre que la mort d’Antigone et son conflit avec Créon avaient été portés sur la scène par Sophocle de façon complète et inégalable.
Toutefois, au cours des années suivantes, le personnage d’Antigone n’a pas cessé de l’habiter. Au fil du temps il y consacre plusieurs poèmes et récits au milieu de ses autres travaux, et se rend finalement compte en 1992 qu’il doit aller encore plus loin avec elle. Il se lance alors dans l’écriture du roman Antigone.
Tout comme celui qu’il tenait au cours de l’écriture de son œuvre Œdipe sur la route, ce livre est le carnet de bord de l’auteur, qu’il a rédigé durant les 8 années nécessaires à la naissance de son roman Antigone.
Ce travail d’écriture fut d’autant plus complexe pour lui que Œdipe sur la route se situait entre deux pièces de Sophocle, Œdipe roi et Œdipe à Colone, alors qu’Antigone se situe sur le terrain même de la tragédie de Sophocle. De nombreux tâtonnements ont été nécessaires pour surmonter cette difficulté, et tenter d’évoquer non pas une Antigone nouvelle mais une Antigone originelle.
Le résultat est une œuvre exceptionnelle à nouveau, ce qui est d’autant plus impressionnant qu’il l’a écrite dans des conditions parfois très difficiles, assistant au déclin progressif de son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer, et aux effets de son âge (plus de 80 ans) qui se font naturellement ressentir.
Je terminerai ce billet sur cette citation que Henry Bauchau fait de Maeterlinck et qui est particulièrement à propos selon moi : "Les mots… ont été inventés pour les usages ordinaires de la vie, et ils sont malheureux, inquiets, étonnés comme des vagabonds autour d’un trône lorsque de temps en temps, quelque âme royale les mène ailleurs".