samedi 23 janvier 2010

"Journal d'Oedipe sur la route (1983-1989)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 janvier 2010

Il aura fallu 6 ans à Henry Bauchau pour écrire Œdipe sur la route. 6 années au cours desquelles il a suivi Œdipe, Antigone et Clios dans leur long et douloureux périple. 6 années durant lesquelles il a été traversé de nombreux doutes et de désespoir devant l’immensité de la tâche à accomplir, mais également d’enthousiasme et de joie à chaque nouvelle étape du roman.
Ce livre est le journal de l’auteur au cours de cette période de sa vie. Sans pudeur aucune, il partage avec nous ses activités, ses états d’âme, ses craintes et ses peines, son âge qui lui joue des tours (il a plus de 70 ans), ses moments de bonheur et l’amour autour de lui. Il permet de comprendre le roman d’une autre façon, à travers l’auteur lui-même. On y mesure toute la place qu’ont pris les différents personnages du livre dans sa vie réelle, l’accompagnant chaque nouveau jour, le soutenant dans les moments plus difficiles et le poussant à aller jusqu’au bout.
Pour ma part j’ai été frappé par le rôle majeur de l’inconscient dans la création de ce roman. Cette histoire mythique s’est véritablement emparée de l’auteur durant ces années, lui soufflant chaque passage du roman à travers des rencontres, des rêves et de nouvelles aventures intérieures.
Même si ce journal laisse également transparaître comme il est long et dur pour l’auteur de créer une telle œuvre, Henry Bauchau a admirablement combattu sa propre vague, jour après jour, et l’a finalement vaincue 6 années plus tard, mettant au monde ce qui reste pour moi l’un des tout meilleurs livres que j’aie jamais lus.

dimanche 3 janvier 2010

"Une fourmi de 18 mètres... ça n'existe pas" de Ivan Gavriloff et Bruno Jarrosson

Lecture achevée le 17 décembre 2009

Ceux qui réussissent sont ceux qui se différencient. Ceux qui se différencient sont ceux qui innovent. Ceux qui innovent sont ceux qui savent se montrer créatifs.
La clé du succès d’une organisation est là. Prenez Apple, Google ou Facebook. Ils sont arrivés un beau jour sur le marché avec quelque chose qui n’existait pas, quelque chose de différent. Jackpot!
Ce livre aborde le thème de la créativité de manière très intéressante.
Le premier sujet développé est le processus de création d’idées. En prenant des exemples concrets (grands inventeurs du monde moderne), les auteurs font une série d’observations dont la plus remarquable est probablement que "le mystère de la création opère quand la tension de la volonté se libère dans le relâchement". Ne dit-on pas très souvent que la nuit porte conseil?
Le deuxième thème évoque les principales raisons pour lesquelles il n’est pas si évident de trouver des bonnes idées. D’une certaine façon nous sommes tous "formatés" pour penser dans la même direction. Notre éducation, nos habitudes, notre expertise, notre servitude à la déduction (basé sur le postulat tacite "aux mêmes causes les mêmes effets" du philosophe Leibniz, contemporain de Voltaire auquel ce dernier rend une sorte d'hommage dans Candide ou l’Optimisme) sont autant d’obstacles à la créativité. Notre réalité est directement déterminée par ce que nous sommes (comme l’illustre à l’extrême Eric-Emmanuel Schmitt dans La secte des Egoïstes). Cela nous donne un pouvoir immense sur le monde qui nous entoure, mais nous amène également systématiquement à partir du même point de référence, alors que le fondement de l’efficacité des méthodes de créativité est justement de savoir regarder la réalité depuis un autre point d’observation.
Une autre section du livre suggère quelques méthodes intéressantes pour apprendre à être créatif (technique du martien, de l’empathie, etc).
Les auteurs nous expliquent également pourquoi selon eux la toute grande majorité des organisations ne sont pas vraiment créatives. Car ce n’est pas le tout d’avoir des idées, il faut également les mettre en œuvre. Et comme chacun le sait, les décisions prises ne sont réellement appliquées que si ceux qui doivent le faire y trouvent également un intérêt personnel. La bureaucratie est un poison, mais plus une organisation est bureaucratique, plus elle a de raisons (à tous les niveaux) de l’être encore plus.
La dernière section est une sorte de guide pour l’animation d’un groupe de créativité. Cette partie m’a beaucoup moins intéressée que le reste du livre qui se situe à un niveau nettement plus élevé de réflexion.

Dans l’ensemble ce bouquin est une véritable réussite. J’ai été captivé par certains passages, et j’ai beaucoup apprécié l’approche presque cartésienne de ce thème presque philosophique. Je le conseille vivement et tiens à remercier Marianne Dekeyser de me l’avoir renseigné sur son blog.
Une fourmi de 18 mètres… ça n’existe pas. Et pourquoi pas ?