mercredi 15 décembre 2010

"Philoctète" de Sophocle

Lecture achevée le 4 novembre 2010

Ulysse et Néoptolème, fils du divin Achille, se trouvent à l’ouverture d’une grotte située à l’extrémité d’un cap rocheux. C’est ici que vit Philoctète, mis à l’écart depuis dix ans par l’armée grecque. Les chefs ne supportaient plus ses pauvres gémissement de douleurs causés par son pied atteint de gangrène. La présence de nos deux héros en ces lieux est dictée par la prophétie du devin Hélénos : Troie ne tombera que sous les armes de Philoctète, héritées d’Héraclès lui-même. Il faut donc arriver à le convaincre, par la ruse car la force n’aboutira pas, à reprendre les armes aux côtés des grecs malgré le misérable exil qu’ils lui ont infligé pendant toutes ces années. Ulysse confie cette difficile mission au jeune Néoptolème. Ce dernier part à la rencontre de l’homme devenu presque sauvage, mais malgré de nombreuses discussions habiles il n’arrive pas à convaincre de revenir à Troie. Il parvient cependant à gagner sa confiance en lui faisant croire qu’il le ramènera auprès des siens, et lui demande alors à voir ses précieuses armes. Au moment où il s’en empare, Philoctète se rend compte de la manœuvre mais il est trop tard. Néoptolème, triomphant au terme de sa mission, tient maintenant les illustres armes, et s’apprête à rejoindre Ulysse au moment où il est pris de remord pour ce pauvre Philoctète. Après quelques hésitations, il décide finalement de lui les rendre contre le gré d’Ulysse qui les a rejoint entre temps. C’est alors qu’Héraclès lui-même quitte le céleste séjour et leur apparaît au dessus de la falaise. Il explique à Philoctète qu’une gloire immortelle l’attend. La terrible douleur qu’il subit depuis si longtemps va disparaître, et c’est à lui que reviendra l’honneur de prendre Troie en faisant tomber le prince Pâris sous ses flèches. Ne pouvant se permettre d’être rebelle à cette voix, le rideau se referme sur Philoctète suivant Ulysse et Néoptolème en direction de la plaine de Troie.

A nouveau cette tragédie est intéressante car elle nous en apprend plus sur la guerre de Troie. On y retrouve le grand Héraclès, décédé auparavant dans des conditions terribles comme décrit dans Les Trachiniennes. On se prend également de pitié pour ce pauvre Philoctète qui souffre le martyr mais reste néanmoins digne devant le divin Ulysse et son jeune ami. Cette tragédie est joliment conçue et superbement écrite comme à l’habitude de son auteur.

J’arrive au terme de mon voyage avec Sophocle, après avoir lu la majorité des pièces qu’il a écrites. C’est la fabuleuse histoire d’Œdipe qui m’a le plus touchée (Œdipe Roi, Antigone, Œdipe à Colone). En racontant l’histoire terrible de ce grand roi de Thèbes, Sophocle est à l’origine de nombreux ouvrages anciens et contemporains qui on largement bercés mes presque deux dernières années de lecture, avec dans le désordre Jean Anouilh, Jean Cocteau, Bertolt Brecht, Joël Jouanneau, Jean Cassabois, Dan Simmons et pour finir le tout grand Henry Bauchau. Merci à Sophocle pour cette belle aventure.

vendredi 5 novembre 2010

"Electre" de Sophocle

Lecture achevée le 1er novembre 2010

Oreste a un plan pour venger son père, le grand Agamemnon, lâchement tué par l’amant de son épouse et son épouse elle-même, Egisthe et Clytemnestre, à son retour d’Ilion. Il leur fait parvenir au palais la nouvelle de sa mort accidentelle, afin qu’ils baissent leur garde et se sentent rassurés. Sa mère reçoit le message la première, ainsi que sa sœur Electre restée au palais. Cette dernière est dévastée, car elle espérait depuis longtemps le retour de son frère pour mettre fin à la douleur de voir ce couple d’assassins sur le trône de leur illustre père. Sa mère Clytemnestre, par contre, réagit de la manière escomptée, comme délivrée du poids de représailles éventuelles de la part de son fils. Une fois le message répandu, Oreste se rend au palais. Pour ne pas éveiller de soupçons, il se présente comme celui qui vient rapporter les cendres d’Oreste dans une urne funéraire. A sa sœur Electre uniquement il révèle discrètement sa véritable identité, ce qui la comble de bonheur car elle comprend que le châtiment ne tardera plus. Certaine de la mort de son fils, Clytemnestre fait entrer Oreste sans se méfier. Ce n’est qu’une fois à l’abris des regards qu’il lui révèle qui il est, juste avant de la frapper mortellement. Egisthe arrive ensuite au palais et demande après ces visiteurs qui viennent annoncer la mort du fils d’Agamemnon. Oreste lui-même le reçoit, et lui met sous les yeux le cadavre de sa mère avant de le frapper à son tour pour mettre un point final à sa terrible vengeance.

Cette tragédie nous en apprend plus sur la fin du puissant Agamemnon, roi de Mycènes et meneur de toutes les armées grecques lors de l’illustre guerre de Troie, et de ce qui s’en suivit en son royaume. Oreste également, que j’ai d’abord connu sous un jour plus romantique dans la célèbre pièce Andromaque, découvre ici un nouvel aspect de sa personnalité. A cela près, je dois avouer que je n’ai pas trouvé grand intérêt à lire cette pièce. Elle manque de mouvement et est trop prévisible, jusqu’à la dernière page j’espérais en vain qu’il se passe quelque chose d’un peu inattendu. C’est dommage. Je passerai donc à la suivante.

vendredi 29 octobre 2010

"Iliade" de Homère

Lecture achevée le 28 octobre 2010

La guerre de Troie fait rage. Chaque jour des centaines de braves s’effondrent dans la poussière. L’armée du grand roi Priam, menée par son fils Hector, défend de toutes ses forces la ville de Troie, assaillie par des milliers d’Achéens conduits par le roi Agamemnon et ses illustres chefs Ulysse, Ajax ou Ménélas. Le plus fort d’entre eux est sans aucun doute Achille, guerrier absolu né des dieux. Toutefois, alors qu’il serait d’une aide inestimable sur le champ de bataille, ce dernier reste depuis des semaines au campement avec ses hommes suite à un différent avec Agamemnon au sujet d’une captive qui lui revenait de droit. Ce n’est qu’après avoir vu son camp subir d’immenses pertes, et surtout suite à la mort de son compagnon Patrocle sous l’épée du puissant Hector lui-même, qu’Achille se décide enfin à reprendre le combat. Sa présence rend espoir aux Achéens qui se redressent devant leur ennemi et le font reculer jusqu’au triomphe final : la victoire d’Achille sur Hector. Le peuple Troyen est abattu, et leur immense tristesse est multipliée par l’attitude indigne d’Achille qui les prive de la dépouille du prince dans une cruelle humiliation. Le roi Priam, soutenu par les dieux, se mettra lui-même aux pieds du tueur de son fils pour obtenir de pouvoir lui rendre une sépulture. Les funérailles d’Hector dureront onze jours selon les rites anciens.

Que dire de cette œuvre illustre ? Bien sûr elle est magnifiquement écrite. Les personnages sont resplendissants et l’éclat de leurs combats est impressionnant. Chaque moment de lecture nous transporte dans la plaine de Troie où se mêlent sang et poussière. Le sol ne cesse de trembler sous le fracas assourdissant de ces dizaines de milliers d’hommes qui s’entretuent. La présence des dieux est également incontournable. Chacun des immortels a le désir de voir triompher son camp favori, et descend régulièrement parmi les hommes pour prêter main forte à leurs guerriers préférés et ainsi influencer l’issue fatale du combat. Zeus lui-même, le dieu suprême cent fois plus puissant que tous les habitants de l’Olympe réunis, penche en faveur des Troyens, et c’est en usant de charmes malicieux que sa compagne Héré parvient à détourner son attention pour de renforcer les lignes Argiennes. Le cours de la guerre nous nargue en changeant de direction plusieurs fois, jusqu’à la mort malheureuse du divin Hector.

J’ai apprécié cette œuvre dans l’ensemble, mais j’apprécie également de l’avoir terminée! Je l’ai trouvée fort lourde et parfois monotone. J'ai eu le sentiment que presque chaque guerrier nous a été présenté. Bien sûr cela donne du relief et de la noblesse au récit car Homère le fait avec grandeur, mais cela le rend également très long vu le nombre de courageux qui s’affrontent. Bien qu’elle ne manque pas d’action non plus, la succession de batailles se fait de manière trop linéaire et attendue pour retenir le lecteur en halène pendant tant de chants, selon moi. J’ai nettement préféré l’Odyssée, pleine de magie et de rebondissements.
J’ai également appris en tournant la dernière page de ce livre que le récit d’Homère s’achève sur les funérailles d’Hector. Le prise de la ville grâce au Cheval de Troie, que survole à peine Homère dans l’Odyssée, est en fait décrite plus tard par Virgile dans l’Enéide mais ne fait pas partie de l’œuvre du maître.

dimanche 5 septembre 2010

"Les Trachiniennes" de Sophocle

Lecture achevée le 1er septembre 2010

Un messager arrive en courant auprès de la Reine Déjanire. La bonne nouvelle arrive enfin. Son époux Héraclès, fils de Zeus, reparaîtra très bientôt triomphant de ses combats après une longue absence. Son dernier exploit est la destruction de la ville d’Eurytos, certainement pour une noble cause selon la Reine. Elle apprend toutefois quelques instants plus tard la vraie raison de cette dernière bataille. Héraclès s’est en fait épris de la fille du Roi d’Eurytos, la belle Iole, mais ce dernier lui refusant sa main, il s’est servi d’un vague prétexte pour tuer le père et mettre sa ville à feux et à sang. La belle Iole fait partie des captives qu’il lui ramène en cadeau. Déjanire n’en montre rien mais est effrayée par le fait que son époux pourrait se détourner d’elle, et pour s’assurer que ça n’arrive pas elle lui renvoie le messager avec un cadeau fait de sa main. Il s’agit d’une tunique qu’elle a imprégnée d’un charme qui lui garantira le cœur de son homme. Ce charme lui vient du vieux Centaure que son époux a abattu quelques années auparavant... mais il s’agit en réalité d’une ruse de son ennemi, un poison mortel. Le vêtement à peine porté par Héraclès, il se resserre sur lui de sorte que nul ne puisse l’en défaire, et commence à lui infliger des douleurs abominables. Apprenant ce qu'elle a fait malgré elle, la Reine ne peut porter le poids de sa culpabilité et se transperce d’un poignard. Héraclès, paralysé par le vêtement et souffrant le martyr, demande à son tour que l’on mette fin à ses jours.

Fatale tragédie à nouveau, toujours dans le plus pur style d’écriture de Sophocle. Cette pièce s’enchaîne efficacement, elle nous tient en haleine et permet également d’en apprendre plus sur le fils improbable de Zeus et Alcmène. J’ai bien apprécié la lecture de cette œuvre, sans toutefois qu’il s’agisse d’une révélation.

dimanche 29 août 2010

"L'Odyssée" de Homère

Lecture achevée le 26 août 2010

Comme chacun le sait, l’Odyssée est une des références absolues de la littérature mythologique.
Ecrite il y a près de 28 siècles, cette œuvre intemporelle raconte le rude voyage d’Ulysse – en grec, Odysseus – pour revenir de Troie, en Asie Mineure, jusqu’à sa terre natale, l’île d’Ithaque, à l’ouest de la Grèce. Tant et tant de souffrances ! La mer sauvage, les monstres, les hommes aussi, qui tracent eux-mêmes le chemin de leur perte. De la flotte qui part de Troie après 10 ans de guerre, il ne reste bientôt plus qu’un seul navire, puis un seul homme, balloté par la tempête et s’échouant, sali par l’écume et le sel, sur les rivages inconnus. Un magnifique périple, grâce à la poésie d’Homère et grâce à Ulysse qui raconte lui-même une partie de ses aventures. La sauvagerie de la mer déchaînée par le dieu Poséidon, les nombreuses créatures du monde magique qu’il parcourt, toutes plus fascinantes les unes que les autres : les Lotophages, les Cyclopes, Eole, les Lestrygons, Circé, les Sirènes, Charybde et Scylla, Calypso… Ulysse veut tout connaître du monde, curiosité insatiable, il côtoie les Dieux et pénètre jusqu’au royaume des morts. Jamais il n’aborde un nouveau rivage sans se lancer dans des explorations périlleuses pour savoir quels êtres y vivent : la rencontre des monstres, l’expérience des sortilèges, il va au fond de l’inconnu. Deux fois, il séjourne longuement dans des lieux de rêve, où on l’invite à demeurer à jamais, mi-homme, mi-dieu, lui offrant la vie éternelle et le bonheur absolu. Mais Ulysse sait qu’il n’est qu’un homme, un simple mortel, et qu’il doit le rester pour aller jusqu’au bout de son voyage : retrouver à Ithaque son épouse fidèle Pénélope. Télémaque, le fils d’Ulysse, est également bien présent dans l’Odyssée. Il attend son père en défendant ses biens tant bien que mal, et décide finalement de partir à sa recherche sur le conseil de la déesse Athena. Leurs aventures se terminent sur de chaudes retrouvailles, explosion d’émotions, et sur la reconquête de leur place sur la terre natale après 20 ans d’absence.

Que dire de plus ? J’ai pris beaucoup de plaisir à lire les 24 chants de cette œuvre magique et superbement écrite. J’ai tellement apprécié que j’ai immédiatement commandé l’Iliade que je lirai donc très prochainement (pourquoi faire les choses à l’endroit quand on peut les faire à l’envers ?), malgré que je connaisse déjà assez bien le thème de la guerre de Troie. L’Odyssée m’a donné envie de rester dans le monde d’Homère quelques temps. Comment refuser cette invitation ?

vendredi 6 août 2010

"Le Saint, le Surfeur et la PDG" de Robin S. Sharma

Lecture achevée le 4 août 2010

Jack est un homme comme beaucoup d’entre nous. Il a un bon travail, une maison, une famille, il est en relativement bonne santé et ne pourrait décemment pas se plaindre d’aucun aspect de sa vie. Pourtant il a un sentiment d’incomplétude. Il aspire à vivre une vie plus heureuse, plus saine et plus belle.
C’est par hasard qu’il engage un jour la conversation avec Cal, son voisin de chambre dans l’hôpital qui l’a accueilli suite à un accident de voiture. Immédiatement ce vieil homme, sur le point de s’éteindre, lui semble être d’une grande sagesse. Après s’être ouvert à lui, Jack est ébloui par la philosophie de vie de cet homme et par les quelques conseils qu’il lui donne. Le lendemain matin, impatient de reprendre cette discussion passionnante sur la vie, Jack constate malheureusement que le vieil homme est décédé. Une infirmière lui apprend peu après que Cal lui a laissé une enveloppe. Cette enveloppe contient une invitation a un voyage organisé en trois étapes, tous frais payés, à la découverte d’une vie idéale.
Une fois rétabli, et après avoir hésité quelque peu, Jack décide d’entreprendre ce périple sans savoir ce qui l’attend.
La première étape du voyage le conduit à Rome, où l’attend le père Mike. Ce dernier est également un homme d’une grande sagesse, aux côtés duquel il va passer 1 mois. Avec beaucoup d’amour et de sincérité, Père Mike lui transmet petit à petit son savoir sur le destin, l’authenticité et l’intégrité. Il lui apprend que la vie est une école de croissance, qu’il nous faut également la vivre en créant et en accomplissant ce qui nous importe le plus à nous, et non ce qui importe aux autres. Il lui enseigne le concept d’écart d’intégrité (écart entre notre moi intérieur et notre moi social) et la manière de le réduire. Il lui rappelle finalement l’importance pour l’être humain de vivre pour quelque chose de plus grand que lui même, afin de laisser un petit quelque chose derrière nous au moment du départ.
La deuxième étape du voyage l’emmène sur une plage complètement isolée à Hawaï, où il rencontre Moe Jackson, ex-patron de la publicité reconverti en surfeur qui vit paisiblement dans une petite cabane au bord de l’océan afin de mieux profiter de sa passion. Il passe également 1 mois avec lui, au cours duquel Moe lui apprend à être plus à l’écoute de ses émotions et de ses intuitions, à faire plus confiance à la vie au lieu de tout prévoir et calculer, à véritablement aimer la vie et à profiter de chaque moment. La vie n’est rien de plus qu’une succession de moments. Si on les rate, on rate sa vie.
La troisième partie de son voyage le conduit à New York, au 53ème étage d’une prestigieuse tour de bureaux, où il fait la connaissance de Tess Welch, PDG d’une société réputée de courtage sur la place financière de Manhattan. Au cours du mois qu’il passe avec elle, il découvre comment appréhender le travail et les affaires d’une autre façon. Elle lui explique qu’au lieu de courir sans cesse derrière sa réussite personnelle, son succès impressionnant provient de sa volonté sincère de créer de la valeur avant tout pour les autres. Selon elle, l’erreur de nombreuses entreprises et individus est de miser avant tout sur l’accumulation des richesses, au lieu de se consacrer à aider les autres à concrétiser leurs rêves. Plus on cherche son propre bonheur et succès, plus on s’en éloigne. Le bonheur et le succès sont les produits dérivés, inattendus quoique inévitables, d’une vie consacrée à la création de valeur pour autrui.

Jack est un homme comme beaucoup d’entre nous. Satisfait dans l’ensemble, il lui manque toutefois quelque chose pour s’estimer être pleinement épanoui. Selon le Père Mike, ce sentiment de trop peu au fond de nous n’est autre que la voix de notre esprit qui tente de nous réveiller et de nous indiquer le droit chemin – afin que nous vivions de façon authentique et que nous devenions enfin la personne que nous sommes vraiment.
Ce bouquin nous donne une multitude de clés pour parvenir à "une vie idéale". La plupart d’entre elles sont de jolis conseils de vie que nous aurions bien du mal à réfuter. Pour ma part j’en oublierai beaucoup tant ils me semblent souvent trop éloignés de ma réalité (j’ai probablement tort), mais j’en garderai néanmoins quelques uns. Cela suffit sans doute pour dire que ce livre était une belle excursion en dehors de mes lectures classiques habituelles.

samedi 3 juillet 2010

"Antigone 256" de Jean Cassabois

Lecture achevée le 28 juin 2010

Antigone 256 est une version romancée de la pièce Antigone de Sophocle, écrite 25 siècles plus tard en 2007 par Jacques Cassabois, auteur français essentiellement reconnu pour sa contribution à la littérature pour la jeunesse.
Son récit débute un peu plus tôt que celui de Sophocle, par une mise en scène du combat spectaculaire entre Polynice et Etéocle. Comme chacun le sait, les deux frères maudits meurent finalement sous les coups de l’autre, et le reste du roman suit pas à pas le chemin de la pièce originale. Créon ordonne d’honorer la mort d’Etéocle mais de laisser Polynice sans sépulture. Antigone ne peut accepter cela et se fait capturer par la garde du roi en tentant d’ensevelir son frère. Créon décide de la condamner à mort. Son fils Hémon, fiancé d’Antigone, essaie de l’en dissuader mais échoue. Il se donne donc la mort également, suivi de près par sa mère Eurydice, épouse de Créon, qui ne peut supporter la perte de son fils. Le rideau se referme finalement sur Créon, envahi de regrets et accablé par l’horreur qui s’est abattue sur lui.

Pourquoi 256 ? Parce qu’il y a eu au moins 200 reprises différentes du mythe de Sophocle au cours de ces 25 siècles (d’après Jean Giraudoux qui a beaucoup inspiré l’auteur de cette œuvre), et que 256 pourrait être une bonne estimation de la position de cette version ci. C’était aussi le numéro de Jacques Cassabois lorsqu’il était en pension. Il a donc une symbolique particulière à ses yeux.
Je ne peux dire grand-chose sur le roman en lui-même. Il est assez bien écrit et très facile à lire. Il reste fidèle à la pièce originale malgré quelques malheureuses erreurs (Hémon n’est pas le fils de Jocaste bien sûr –p.12– mais celui d’Eurydice !). Il n’apporte cependant rien de plus ni ne se distingue du récit de Sophocle par quelque personnalisation ou originalité comme dans la version épicée de Jean Anouilh par exemple. Ce n’était sans doute pas le but.
Sans grand intérêt pour moi, qui ait déjà lu tant de versions d’Antigone et qui en connait donc l’histoire par cœur. A conseiller cependant aux moins littéraires d’entre nous (et aux plus jeunes) qui désirent découvrir le mythe pour la première fois à travers un roman simple et allégé.

mercredi 30 juin 2010

"Juan" de Denis Tillier

(Re-)Lecture le 30 juin 2010

Petit hommage à mon père et aux moments de belle sincérité partagés avec cette modeste famille catalane. Leur petit village de Pratdip, perdu entre collines brûlées par le soleil et champs de noisetiers, évoque une guirlande de beaux souvenirs d'enfants.

Tant d'années déjà.
Et pourtant c'était hier.

dimanche 13 juin 2010

"Andromaque" de Racine

Lecture achevée le 10 juin 2010

Andromaque est une des plus remarquables tragédies du 17ème siècle. Son histoire est basée sur la chaîne suivante : Oreste aime Hermione qui ne
l’aime pas. Hermione aime Pyhhrus qui ne l’aime pas. Pyhhrus aime Andromaque qui ne l’aime pas. Andromaque aime Hector qui est mort.
Le rideau s'ouvre sur le débarquement d'Oreste en Epire. Il vient pour demander à Pyhhrus, fils d’Achille et souverain de cette contrée, de livrer à la Grèce Astyanax, fils d’Hector et d’Andromaque qu’il retient captive depuis la fin de la guerre de Troie. Pyhhrus refuse d’accéder à cette demande car il est sous le charme d’Andromaque, et espère gagner son cœur par cet acte chevaleresque. Mais rien n’y fait, Andromaque persiste à le rejeter.
La visite d’Oreste a cependant un deuxième objectif caché. Il espère conquérir Hermione, promise à Pyhhrus mais humiliée par son comportement. Elle consentira à le suivre si Pyhhrus persiste dans son refus de livrer Astyanax, ce qui réjouit Oreste car le souverain semble pleinement déterminé. Malheureusement il retombe vite de son nuage care Pyhhrus, blessé par l’attitude d’Andromaque, fait subitement volte-face et décide de livrer son fils. Andromaque ne peut cependant supporter l’idée de perdre le dernier descendant de Troie, et accepte donc finalement d'épouser Pyhhrus en échange de la vie de son fils. Afin de ne pas trahir Hector, elle décide néanmoins secrètement qu’elle mettra fin à ses jours à la fin de la célébration.
Hermione est profondément blessée par l’union de Pyhhrus et Andromaque, et ne songe qu’à se venger. Elle somme Oreste d’assassiner Pyhhrus au nom de son amour pour elle, et acceptera de partir avec lui une fois la mort confirmée. Oreste est tiraillé entre ses sentiments pour Hermione et l’horreur d’assassiner le souverain, mais n’aura finalement pas à se donner cette peine car Pyhhrus est tué par le peuple Grec au cours de la cérémonie, ne supportant pas de voir Andromaque couronnée reine.
Hermione, toujours partagée entre amour et haine pour le souverain défunt, ne peut plus supporter de vivre et se poignarde en maudissant Oreste de lui rapporter la mort de Pyhhrus avec tant de joie. Le rideau se referme finalement sur le pauvre Oreste qui sombre dans la folie en louant le ciel pour toute l’application et l’acharnement qu’il aura mis à le punir.

Andromaque est bien une tragédie ! Tous ses héros ne sont unis que par le pouvoir dont chacun d’eux dispose de faire le malheur de l’autre. Comme le dit Raymond Picard dans sa préface, on n’en saurait douter : la guerre de Troie n’a eu lieu que pour livrer Andromaque à Pyhhrus ! En effet il n’y a rien d’imprévu dans la tragédie. Tout, et les revirements même, est tracé d’avance. La pièce est donc entièrement jouée quand le rideau se lève, tant les personnages n’ont aucune chance de s’en sortir. Dès avant sa naissance, avant de paraître dans la tragédie, Oreste a tué Pyhhrus et est devenu fou. Tous ces héros remplissent désespérément une vie tracée pour eux de toute éternité par les dieux, et qui se révèle à eux –et à nous– progressivement à mesure que s’accomplit leur malheur. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette œuvre magistrale de Racine, et à observer ses personnages se construire habilement en cinq actes un destin qui les écrase.

Bravo à Caroline Guiela et à ses jeunes artistes pour leur belle représentation de cette tragédie mythique ce vendredi 18 juin au Théâtre National du Luxembourg. J'en ai beaucoup apprécié la mise en scène contrastée et plus particulièrement cette sorte de violence qui s'en dégage.

samedi 12 juin 2010

"Sous l'oeil d'Oedipe" de Joël Jouanneau

Lecture achevée le 28 mai 2010

C’est il y a tout juste un an (en juin 2009) que Joël Jouanneau publie ce nouveau voyage intime au cœur du mythe. Cette pièce est une tentative de retracer, en un même texte et en un même soir au théâtre, le destin sanglant de la maison des Labdacides : Œdipe et ses enfants-frères, Antigone, Polynice, Etéocle et Ismène.
Le premier acte La Malédiction reprend les temps forts de la pièce originale Œdipe Roi de Sophocle, où Œdipe se rend compte de l’ignoble parricide et de l’inceste dont il est l’auteur, se crève les yeux pour ne plus jamais devoir supporter un regard et quitte Thèbes en compagnie de sa fille Antigone.
Le second acte Le Père met en scène l’issue de son voyage après dix années d’errance sur les routes. Il s’agit d’un résumé de l’œuvre Œdipe à Colone de Sophocle, où Œdipe refuse de revenir à Thèbes, serre une dernière fois ses deux filles dans ses bras et maudit ses deux fils avant d’être emporté par les dieux définitivement.
Le troisième acte Les Frères se situe entre les pièces Œdipe à Colone et Antigone de Sophocle, et décrit les vaines tentatives d’éviter la guerre entre Polynice et Etéocle. Il se referme sur la mort inéluctable des deux frères, tombés sous les coups de l’autre à l’issue d’un combat jusqu’à l’épuisement. J’y retrouve une inspiration du roman Antigone d’Henry Bauchau, bien qu’Antigone n’y apparaisse pas elle-même.
Le quatrième et dernier acte Les Sœurs est issue de la pièce Antigone de Sophocle. Il reprend l’obstination d’Antigone de ne pas laisser son frère Polynice sans sépulture et sa condamnation à mort qui en découle. Le rideau se referme sur la mort d’Antigone, et sur son cadavre ficelé à celui de Polynice, symbole du combat qu’elle a mené contre tous.
En plus de réunir l’histoire de la famille d’Œdipe en un même texte, Joël Jouanneau y apporte une série de touches personnelles à la lumière des rencontres que cet auteur et metteur en scène a faites dans la littérature contemporaine. On y retrouve Œdipe portant dans ses bras le livre d’Edmond Jabès, et qui se voit ensuite remettre un écrit de Pierre Michon ainsi qu’un cahier contenant des poèmes de Sophocle, Yeats, Eliot et Beckett. Ismène ne cesse de courir après le portrait qu’a fait d’elle Ritsos, et il est certain qu’Antigone a croisé Emily Dinckinson. Beaucoup d’autres auteurs ont également inspiré cette œuvre, comme le mentionne Jouanneau dans ses remerciements.

Pour ma part j’ai apprécié cette œuvre comme un résumé des œuvres déjà lues auparavant, mais sans véritable enthousiasme car je connaissais déjà en détails toutes les étapes de l’histoire. La voir au théâtre aurait probablement été un émerveillement, mais la lecture du texte seul n’a pas réussi à me transporter comme La Lumière Antigone de Bauchau par exemple. J’avoue que les nombreuses références que Jouanneau fait aux auteurs mentionnés ci-dessus sont hors de ma portée car je n’en connais que quelques-uns, ce qui est probablement une des raisons de ma légère déception.

dimanche 9 mai 2010

"Antigone" de Bertolt Brecht

Lecture achevée le 7 mai 2010

Antigone ne peut supporter de laisser son frère Polynice sans sépulture, et décide de l’honorer malgré les ordres de Créon. Prise sur le fait, elle est capturée et amenée devant le roi qui ne peut accepter cet affront même de la part de sa nièce, et la condamne à mort. Son fiancé Hémon, fils de Créon, ne peut survivre à son décès et met également fin à ses jours.
L’Antigone de Brecht m’a quelque peu déçue, car comme celle de Cocteau (malgré un style d’écriture très différent) elle ne se distingue que très peu de l’œuvre originelle de Sophocle. A l'exception de la fin de la pièce qui s’en détache assez bien, Brecht l’a peu personnalisée dans l’ensemble, à l’inverse d’Anouilh par exemple qui en a fait un récit d’une grande originalité.
On y fait néanmoins la connaissance de Mégarée, deuxième fils de Créon que je ne connaissais pas auparavant, qui mène son armée l’assaut des murailles d’Argos au moment où la scène se déroule à Thèbes. On y apprend que la guerre tourne largement à l’avantage d’Argos depuis que Créon a décidé de faire pendre tous ceux de son armée qui ont désapprouvé sa décision de laisser Polynice sans sépulture. Quelques instants après qu’il ait jugé Antigone pour son acte de trahison, le roi reçoit d’ailleurs la nouvelle de la mort de Mégarée sur le champ de bataille. Désemparé, il fait chercher son fils Hémon pour qu’il mène ses troupes d’élite afin de reprendre le dessus sur Argos. Mais Hémon vient de se tuer par amour pour Antigone, ce qui selon Créon ne peut avoir pour autre issue que la chute prochaine de Thèbes toute entière.

Brecht publie cette oeuvre en 1944 en pleine seconde guerre mondiale. Il la signe d'ailleurs d'un tragique prologue mettant en scène deux soeurs qui assistent les yeux fermés à l'exécution de leur frère considéré comme un traître par les SS. Que ferait Antigone dans cette terrible situation?

dimanche 2 mai 2010

"Ajax" de Sophocle

Lecture achevée le 29 avril 2010

En pleine nuit, le grand guerrier Ajax revient du campement de ses ennemis les Argiens. Il est fier, car après un terrible combat il a terrassé à lui tout seul des dizaines d’hommes, en ce compris plusieurs chefs. Il revient avec quelques ennemis ligotés, qu’il entreprend de torturer pour leur faire entendre sa puissance et sa colère. C’est alors qu’il se rend progressivement compte de sa méprise. Ce ne sont que des animaux, des bœufs et des chèvres. Croyant s’attaquer à leur armée, il n’a fait que décimer le gibier de ses ennemis. C’est la déesse Athena, irritée par l’arrogance du guerrier, qui est l’auteur de cette illusion et de cette crise de folie. De retour à la réalité et prenant pleinement conscience de ce qu’il a fait, Ajax entre dans une grande tourmente et conclu finalement qu’il n’a plus le choix. Après s’être isolé de ses proches, il se jette sur sa propre épée en invoquant les dieux. C’est son frère Teucros qui découvre le corps sans vie d’Ajax. Désolé de cette triste histoire, il entend bien rendre honneur à son frère pour tous ses hauts faits en organisant des funérailles dignes du guerrier qu’il était. Mais c’est sans compter sur leurs ennemis Ménélas et Agamemnon qui passaient par là. Ils tentent de forcer Teucros à laisser sur place la dépouille d’Ajax, sans sépulture et en proie aux oiseaux, en invoquant tout le mal qu’il leur a fait. Ulysse entre alors en scène pour régler ce différent. Le mal qu’il leur a fait ne représente que la grandeur de cet ennemi qui mérite d’être honoré pour cela. Teucros peut donc procéder aux rites pour accompagner son frère sur le chemin de l’enfer.

Cette pièce nous en apprend plus sur l'un des héros de la grande guerre de Troie. Cependant, même si j’aime beaucoup ce contexte de la mythologie grecque, je ne peux pas dire que j’ai pris tellement de plaisir à la lire malheureusement. Elle m’a semblée trop longue pour raconter si peu de choses. Elle manque de dynamisme à mon goût.

samedi 24 avril 2010

"Antigone" et "Les mariés de la Tour Eiffel" de Jean Cocteau

Lecture achevée le 21 avril 2010

Antigone ne peut supporter de laisser son frère Polynice sans sépulture, et décide de l’honorer malgré les ordres de Créon. Prise sur le fait, elle est capturée et amenée devant le roi qui ne peut accepter cet affront même de la part de sa nièce, et la condamne à mort. Son fiancé Hémon, fils de Créon, ne peut survivre à son décès et se donne également la mort, qui est suivie peu après par le suicide de sa mère, la femme de Créon, qui n’a plus la force non plus d’affronter la vie suite à cette tragédie. Créon se retrouve donc seul et sombre dans la folie.
Jean Cocteau signe là en 1922 une interprétation de la pièce Antigone de Sophocle sans grand intérêt je trouve, car n’apportant rien de plus que le texte d’origine. Pratiquement sans aucune touche personnelle, il s’agit à peu près d’un résumé de la pièce de Sophocle écrite de manière un peu plus moderne. Je lui préfère largement l’interprétation que Jean Anouilh écrira quelques années plus tard, bourrée d’originalité et d’un décalage surprenant.
Dans un registre complètement différent, Les mariés de la Tour Eiffel est une pièce que j’ai du mal à résumer tant elle est déconcertante et loufoque. Il s’agit en quelques mots d’une noce bourgeoise qui évolue sur la première plate-forme de la Tour Eiffel, photographiée par une sorte d’appareil photo dont sortent une série de personnages et animaux improbables, et dont l’action est commentée par deux phonographes.

Certains vous diront qu’il s’agit d’une bouffonnerie ayant pour objectif d’exprimer toute la déconcertante poésie du banal (c’est ce que je lis au dos du livre). Pour ma part je dirais tout simplement que je n’y ai rien compris, ou plutôt que je n’y ai absolument rien trouvé d’intéressant tant cette pièce est aux antipodes de la littérature que j’affectionne.
Jean Cocteau est donc loin d’être une révélation pour moi à travers ce bouquin.

dimanche 18 avril 2010

"Antigone" de Jean Anouilh

Lecture achevée le 15 avril 2010

Au beau milieu de la nuit, Antigone revient à sa chambre sur la pointe des pieds. Elle se fait surprendre par sa nourrice qui avait remarqué son absence et s’inquiétait. Elle lui prétend s’être juste baladée dans la campagne, mais revient toutefois avec un comportement étrange. Elle fait jurer à sa nourrice de prendre soin de ceux qu’elle aime si elle venait à disparaître. Ismène les rejoint alors et prend Antigone do côté. Elle tente de raisonner sa sœur et de la dissuader d’exécuter son plan, pure folie que de défier Créon. Hémon arrive ensuite et Antigone s’excuse d’avance de ne pas pouvoir devenir sa femme et lui apporter tout le bonheur qu’il mérite. Elle va mourir aujourd’hui, car elle est allée enterrée son frère Polynice cette nuit.
Capturée par les gardes du roi, ils l’emmènent chez Créon après avoir soigneusement déterré le corps. Malgré cet affront intolérable, Créon ne veut pas la punir. C’est sa nièce tout de même. Il lui propose donc de la libérer et de se taire sur cet incident. Il fera disparaître les gardes qui ont assisté à la scène. Mais Antigone ne peut accepter cela. Tant qu’elle sera en vie, elle ne supportera pas de laisser le corps de son frère en proie aux oiseaux et aux chiens sauvages. Elle s’acharnera à essayer de l’enterrer, coute que coute. Créon, perdant patience, se résout alors à lui raconter la vérité.
Pourquoi avoir enterré Etéocle plutôt que Polynice ? Pur hasard. Si ça ne tenait qu’à lui Créon n’en aurait honoré aucun, car c’étaient tous les deux de crapules de bas étage, qui ont trahit leur patrie déjà plusieurs fois chacun, et qui on même tenté de faire assassiner leur père du temps de son règne. Mais Créon ne pouvait se le permettre. Pour le peuple il fallait faire d’un des deux frères morts un héro. Alors il a tout simplement choisi celui dont le corps était le moins abimé après le combat, car il fallait exposer le corps du héro aux lamentations du peuple, et l’autre été à peine reconnaissable. Etéocle a donc été choisi.
Frappée de plein fouet dans ses convictions, la dernière petite flamme qui brulait encore chez Antigone s’est éteinte. Terrassée par ce monde qui lui échappe une nouvelle fois, vivre n’a plus de sens pour elle. Elle obtient alors sa mort en criant au peuple ce qu’elle a osé faire contre les ordres du roi. Créon n’a donc plus le choix, et la condamne à mourir au fond d’un trou.
Hémon ne peut supporter la disparition de son aimée et se donne la mort devant son père. Apprenant la nouvelle, Eurycide, la femme de Créon, met fin à ses jours également. Créon est seul maintenant. Il a fait ce qu’il a cru juste et le résultat est désastreux. Mais il faut maintenant retourner aux affaires courantes, car le métier de roi est exigeant et le peuple n’attend pas.

Quelle interprétation géniale du mythe ! Jean Anouilh le recompose à son idée, en suivant la trame originale bien sûr mais en le personnalisant en profondeur. Il le précède par exemple d’un prologue tout à fait original, où Antigone est triste car elle sait d’avance qu’elle mourra à la fin de la pièce. Eurycide l’est également bien sûr, même si elle n’a qu’un tout petit rôle. Ismène est toute apprêtée et discute avec Hémon. Créon médite dans un coin, et la plupart des autres jouent au cartes en attendant que la pièce commence. L’intervention du chœur en milieu de pièce est également surprenante. Prenant un certain recul sur l’histoire elle-même, il nous explique avec un décalage cocasse que bien évidemment tout ira mal dans cette pièce, car c’est le propre d’une tragédie. Pour ceux qui avaient encore un doute, il ne faut donc pas s’attendre à un quelconque dénouement heureux. L’auteur fait également une série de clins d’œil à son époque (la pièce est écrite en 1944 en pleine occupation allemande) en y insérant plusieurs anachronismes, comme Antigone défiant les fusils de la garde du roi, ou le fait qu’Etéocle et Polynice adolescents passaient toutes leurs soirées à fumer au bar et faisaient des courses de voiture. Mais le décalage d’Anouilh trouve son apogée à la toute fin de la pièce lorsque Antigone, juste avant de mourir, a un entretien totalement hors de propos avec le garde qui va la murer vivante dans un instant. Ils parlent avec grand intérêt du métier de garde du roi. Elle lui demande comment être promu à ce grade (il faut d’abord être sergent de l’armée régulière et ensuite espérer être repéré), quel prestige il y a dans cette promotion, quels sont les avantages en nature, le solde et les allocations reçues en comparaison avec la position de sergent, ainsi des renseignement précis sur ses conditions de travail au quotidien !
Je fais également dans cette pièce la connaissance d’un Créon totalement différent de celui que je connaissais. Profondément humanisé, le pauvre admet que son métier de roi est loin d’être facile. Il faut sans cesse décider, punir, se faire respecter. Sinon l’anarchie devient inévitable.
Je connaissais évidemment le scénario par cœur, pour l’avoir lu de Sophocle et de Bauchau déjà, et c’est certainement grâce à cela que j’ai tellement apprécié cette pièce. Découvrir le mythe de la fin d’Antigone sous cet angle complètement différent était véritablement passionnant.

samedi 17 avril 2010

"Oedipe à Colone" de Sophocle

Lecture achevée le 12 avril 2010

La malédiction s’est abattue sur Œdipe. Ne pouvant plus soutenir aucun regard, il se crève les yeux et s’exile de sa terre natale (Œdipe Roi de Sophocle). Sa fille Antigone le suit alors à travers un long périple parsemé d’épreuves et de défis, de peurs et de souffrances, dix ans d’errance qui les mènent finalement à Colone (Œdipe sur la route de Henry Bauchau).
Cette pièce de Sophocle s’ouvre sur l’arrivée du père aveugle et de sa fille à Colone. Œdipe sait que c’est la fin de son parcours, qu’il n’en a plus pour très longtemps. Il demande à voir celui qui règne sur ce pays, le prince Thésée, et lui demande humblement sa protection contre ceux qui tenteront de s’emparer de lui. Thésée ne comprend pas tout mais accepte noblement, et Œdipe lui promet de lui être reconnaissant jusqu’après sa mort.
Ismène apparaît alors. Elle a fait le chemin depuis Thèbes pour revoir son père. Elle lui apprend la guerre qui a éclatée entre ses deux frères, ainsi que l’Oracle qui dit aux gens de Thèbes que d’Œdipe dépend leur salut. Ils tenteront donc bien de venir le chercher.
Mais il est trop tard. Œdipe entend les dieux qui approchent. Il est temps pour lui d’achever définitivement son voyage.
Créon est le premier qui tente de le ramener à Thèbes par la force, mais il est repoussé par les hommes de Thésée. Ensuite c’est Polynice, son premier fils, qui essaye à son tour d’obtenir ses faveurs. Œdipe le chasse sans ménagement, l’accusant d’être de ceux qui l’ont banni de son pays il y a déjà tant d’années.
Son heure est maintenant arrivée. Le tonnerre gronde et les signes sont clairs. Œdipe est prêt. Après avoir dit adieu ses filles, il s’éloigne avec Thésée sur la terre sacrée. Un instant plus tard il a disparu, emporté par un envoyé de dieu, après avoir confié à Thésée le trésor inestimable qui gardera son pays à l’abri des ravages pour des siècles. Ne pas abandonner ses filles et ne pas oublier qui fut Œdipe, c’est tout ce qu’il lui demande en échange.

Sophocle a écrit cette pièce peu avant sa mort, vers 405 avant J.-C.. Elle met en scène les derniers instants de vie d’Œdipe, ainsi que sa mort quelque peu surnaturelle. On dit que la terre a tremblée et s’est ouverte doucement pour le recevoir sans violence ni douleur, en présence de Thésée, qui seul a le secret du genre de sa mort et du lieu de son tombeau. Ce mystère renforce encore le mythe, qui fait d’Œdipe le personnage de légende que l’on connaît.

dimanche 11 avril 2010

"Antigone" de Sophocle

Lecture achevée le 8 avril 2010

Les deux frères d’Antigone, Etéocle et Polynice, sont morts au combat, chacun tombé sous les coups de l’autre. Créon a repris le trône de Thèbes. Considérant Etéocle comme défenseur de la ville et Polynice comme un traître, il accorde au premier les funérailles traditionnelles, mais les refuse au second, qu’il ordonne de laisser sans tombeau ni sépulture, pâture et jouet des oiseaux et des chiens.
Antigone ne peut accepter cela. Polynice est son frère, et il faut qu’elle honore sa mort même contre le gré du nouveau roi. Elle enseveli donc discrètement son frère défunt, mais est ensuite capturée et amenée devant Créon. Il est furieux de voir sa volonté bafouée, et la condamne à mort pour cela. Hémon, son fils, tente de le dissuader de toutes ses forces. Il aime Antigone. Malheureusement rien n’y fait.
Antigone est enfermée au fond d’un souterrain creusé dans le rocher, destinée à mourir seule à l’abri des regards.
Le roi consulte alors son conseiller Tirésias. Ce dernier le met en garde contre cet agissement, effrayé par les malheurs qui pourraient s’abattre sur lui pour avoir condamné une fille qui ne voulait que le bien. Créon rejette d’abord ses propos, mais Tirésias est convaincant et il décide finalement de libérer Antigone sur le champ.
Il arrive malheureusement trop tard. Une fois le souterrain ré-ouvert, il constate qu’Antigone n’est plus et que, devant cette tragédie, Hémon n’a pas eu la force de continuer à vivre non plus.
Créon est dévasté, et ne comprend toute l’ampleur du malheur qui s’abat sur lui qu’à son retour au palais où il apprend que sa femme Eurycide s’est également tranchée la gorge en apprenant la mort de son fils.

Antigone, écrite vers 440 avant J.-C., est sans doute la tragédie grecque la plus célèbre et la plus achevée. C’est la pièce qui représente le tragique de la condition humaine de la façon la plus saisissante.
Considérée comme une référence, cette pièce est reprise de multiples fois à travers l’Histoire et encore au siècle dernier avec Jean Cocteau en 1922, Jean Anouilh en 1944, Bertolt Brecht en 1948, et Henry Bauchau (roman) en 1997. Antigone reste donc bien vivante et actuelle, comme nous le rappelle Hannah dans cette autre magnifique adaptation pour l’opéra de Bauchau La lumière Antigone.

lundi 5 avril 2010

"Oedipe Roi" de Sophocle

Lecture achevée le 2 avril 2010

Une terrible malédiction pèse sur Œdipe: il est dit qu’il s’accouplera avec sa mère, engendrera une lignée abominable, et sera l’assassin de celui dont il est né.
Effrayés par cette monstrueuse prophétie, le roi de Thèbes Laïos et la reine Jocaste demandent à un serviteur de supprimer leur fils dès sa naissance. Le serviteur l’emmène, mais pris de pitié il ne se résous pas à lui prendre la vie et le remet à un berger qui le remet ensuite à Polybe, roi de Corinthe, qui s’en prend d’affection et l’élève comme son fils.
Œdipe grandit dans la crainte chaque jour de voir la prophétie se réaliser. Afin d’éviter tout risque de porter atteinte à ceux qu’il croit être ses parents Polybe et sa femme, il s’éloigne le plus possible de Corinthe. Arrivé à l’âge adulte, il trouve la solution au chant de la Sphinx et cette circonstance héroïque lui vaut de se retrouver sur le trône de Thèbes et de prendre pour épouse la reine Jocaste, veuve de Laïos tué lors d’un voyage quelques années auparavant.
Une grande épidémie s’abat alors sur Thèbes.
Créon, frère de Jocaste, reçoit le remède à ce fléau de la voix du dieu Apollon : il faut punir le meurtre de Laïos. Il se met donc en quête de l’assassin, soutenu par Œdipe prêt à tout pour enrayer l’épidémie qui décime son royaume.
Afin de trouver le meurtrier, Créon fait venir Messire Tirésias, réputé pour voir tout ce que sait voir le dieu. Après un moment d’effroi devant Œdipe à l’idée de ce qu’il va révéler, Tirésias parle. Œdipe lui-même est celui qui a tué Laïos.
Le roi rejette violemment cette insulte et chasse Tirésias, qui remet également en doute la lignée corinthienne dont il est issu. Œdipe accuse Créon d’avoir arrangé cette humiliation afin de s’emparer de la couronne.
Jocaste entre alors en scène. Elle raconte les circonstances de la mort de Laïos, et Œdipe commence à trembler car il se rend compte qu’il a effectivement tué un homme de la même manière quelques années auparavant. Il reste un témoin de ce crime, et Œdipe l’envoie chercher sur le champ afin de le confronter et de mettre fin à ses doutes.
C’est alors qu’arrive un messager portant une triste nouvelle: la mort de Polybe. Il apparaît que cet homme porteur du message n’est autre que le serviteur qui fut chargé autrefois de supprimer l’enfant maudit, et par une suite de discussions il révèle qu’Œdipe n’est pas le fils de Polybe mais bien celui de Jocaste et Laïos. Il s’est donc bien accouplé avec sa mère comme le prédisait la prophétie.
Œdipe est effondré et Jocaste le supplie de ne pas aller plus loin dans l’enquête, mais c’est impossible de s’arrêter là. Elle se retire avec déchirement et se cloître dans leur chambre conjugale.
Le témoin de la mort de Laïos arrive enfin et confirme ce qu’ils craignaient tous. Œdipe est bien celui qui a tué son père. La malédiction s’est réalisée en tous points.
Œdipe est anéanti et s'en retourne au palais. Il est alors achevé par la découverte du suicide de son épouse, pendue dans leur chambre conjugale. Devenant à moitié fou, Œdipe arrache les agrafes d’or qui ornent les vêtements de Jocaste et se les plante à de multiple reprises dans les orbites, se précipitant dans la nuit noire de l’enfer pour l’éternité.

Œdipe Roi, représenté pour la première fois vers 430 avant J.-C., est, avec Antigone, la plus célèbre et la plus admirée des tragédies antiques. J’ai dévoré ce livre d’une construction dramatique et d’une harmonie parfaite, et également d’une étonnante accessibilité. Je l’ai d’autant plus apprécié qu’il est également le point de départ du roman initiatique Œdipe sur la route de l’auteur contemporain Henry Bauchau dont j’admire tellement l’œuvre. Il permet d’en comprendre le contexte en profondeur et de s’immerger au plus profond de ce voyage formidable au cœur de la mythologie grecque.

samedi 27 mars 2010

"Journal d'Antigone (1989-1997)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 25 mars 2010

Après avoir publié son roman Œdipe sur la route en 1989, Henry Bauchau pensait avoir dit ce qu’il voulait dire sur Antigone et estimait cette étape franchie. Il désirait alors écrire d’autres choses. Il lui semblait en outre que la mort d’Antigone et son conflit avec Créon avaient été portés sur la scène par Sophocle de façon complète et inégalable.
Toutefois, au cours des années suivantes, le personnage d’Antigone n’a pas cessé de l’habiter. Au fil du temps il y consacre plusieurs poèmes et récits au milieu de ses autres travaux, et se rend finalement compte en 1992 qu’il doit aller encore plus loin avec elle. Il se lance alors dans l’écriture du roman Antigone.
Tout comme celui qu’il tenait au cours de l’écriture de son œuvre Œdipe sur la route, ce livre est le carnet de bord de l’auteur, qu’il a rédigé durant les 8 années nécessaires à la naissance de son roman Antigone.
Ce travail d’écriture fut d’autant plus complexe pour lui que Œdipe sur la route se situait entre deux pièces de Sophocle, Œdipe roi et Œdipe à Colone, alors qu’Antigone se situe sur le terrain même de la tragédie de Sophocle. De nombreux tâtonnements ont été nécessaires pour surmonter cette difficulté, et tenter d’évoquer non pas une Antigone nouvelle mais une Antigone originelle.
Le résultat est une œuvre exceptionnelle à nouveau, ce qui est d’autant plus impressionnant qu’il l’a écrite dans des conditions parfois très difficiles, assistant au déclin progressif de son épouse atteinte de la maladie d’Alzheimer, et aux effets de son âge (plus de 80 ans) qui se font naturellement ressentir.
Je terminerai ce billet sur cette citation que Henry Bauchau fait de Maeterlinck et qui est particulièrement à propos selon moi : "Les mots… ont été inventés pour les usages ordinaires de la vie, et ils sont malheureux, inquiets, étonnés comme des vagabonds autour d’un trône lorsque de temps en temps, quelque âme royale les mène ailleurs".

dimanche 7 février 2010

"Oedipe sur la route (livret d'opéra)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 1er février 2010

L’opéra "Œdipe sur la route", composé par Pierre Bartholomée, s’est produit au théâtre de la Monnaie à Bruxelles du 7 au 22 mars 2003. Ce livret reprend le texte de cette œuvre, écrite par Henry Bauchau lui-même à partir de son roman.
A l’inverse de l’opéra "La lumière Antigone" (composé 5 ans plus tard par Pierre Bartholomée également) qui s’écarte du roman Antigone pour mettre en scène une rencontre extraordinaire entre la mythologie grecque et le monde contemporain, l’opéra "Œdipe sur la route" reste tout à fait fidèle au roman dont il est issu et raconte l’histoire de son héro déchu depuis son départ de Thèbes jusqu’à son arrivée à Colone.
Il s’agissait à nouveau probablement d’un moment magique auquel je n’ai malheureusement pu assister à Bruxelles. On peut toutefois encore en retrouver facilement une série de vidéos sur internet.

samedi 23 janvier 2010

"Journal d'Oedipe sur la route (1983-1989)" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 janvier 2010

Il aura fallu 6 ans à Henry Bauchau pour écrire Œdipe sur la route. 6 années au cours desquelles il a suivi Œdipe, Antigone et Clios dans leur long et douloureux périple. 6 années durant lesquelles il a été traversé de nombreux doutes et de désespoir devant l’immensité de la tâche à accomplir, mais également d’enthousiasme et de joie à chaque nouvelle étape du roman.
Ce livre est le journal de l’auteur au cours de cette période de sa vie. Sans pudeur aucune, il partage avec nous ses activités, ses états d’âme, ses craintes et ses peines, son âge qui lui joue des tours (il a plus de 70 ans), ses moments de bonheur et l’amour autour de lui. Il permet de comprendre le roman d’une autre façon, à travers l’auteur lui-même. On y mesure toute la place qu’ont pris les différents personnages du livre dans sa vie réelle, l’accompagnant chaque nouveau jour, le soutenant dans les moments plus difficiles et le poussant à aller jusqu’au bout.
Pour ma part j’ai été frappé par le rôle majeur de l’inconscient dans la création de ce roman. Cette histoire mythique s’est véritablement emparée de l’auteur durant ces années, lui soufflant chaque passage du roman à travers des rencontres, des rêves et de nouvelles aventures intérieures.
Même si ce journal laisse également transparaître comme il est long et dur pour l’auteur de créer une telle œuvre, Henry Bauchau a admirablement combattu sa propre vague, jour après jour, et l’a finalement vaincue 6 années plus tard, mettant au monde ce qui reste pour moi l’un des tout meilleurs livres que j’aie jamais lus.

dimanche 3 janvier 2010

"Une fourmi de 18 mètres... ça n'existe pas" de Ivan Gavriloff et Bruno Jarrosson

Lecture achevée le 17 décembre 2009

Ceux qui réussissent sont ceux qui se différencient. Ceux qui se différencient sont ceux qui innovent. Ceux qui innovent sont ceux qui savent se montrer créatifs.
La clé du succès d’une organisation est là. Prenez Apple, Google ou Facebook. Ils sont arrivés un beau jour sur le marché avec quelque chose qui n’existait pas, quelque chose de différent. Jackpot!
Ce livre aborde le thème de la créativité de manière très intéressante.
Le premier sujet développé est le processus de création d’idées. En prenant des exemples concrets (grands inventeurs du monde moderne), les auteurs font une série d’observations dont la plus remarquable est probablement que "le mystère de la création opère quand la tension de la volonté se libère dans le relâchement". Ne dit-on pas très souvent que la nuit porte conseil?
Le deuxième thème évoque les principales raisons pour lesquelles il n’est pas si évident de trouver des bonnes idées. D’une certaine façon nous sommes tous "formatés" pour penser dans la même direction. Notre éducation, nos habitudes, notre expertise, notre servitude à la déduction (basé sur le postulat tacite "aux mêmes causes les mêmes effets" du philosophe Leibniz, contemporain de Voltaire auquel ce dernier rend une sorte d'hommage dans Candide ou l’Optimisme) sont autant d’obstacles à la créativité. Notre réalité est directement déterminée par ce que nous sommes (comme l’illustre à l’extrême Eric-Emmanuel Schmitt dans La secte des Egoïstes). Cela nous donne un pouvoir immense sur le monde qui nous entoure, mais nous amène également systématiquement à partir du même point de référence, alors que le fondement de l’efficacité des méthodes de créativité est justement de savoir regarder la réalité depuis un autre point d’observation.
Une autre section du livre suggère quelques méthodes intéressantes pour apprendre à être créatif (technique du martien, de l’empathie, etc).
Les auteurs nous expliquent également pourquoi selon eux la toute grande majorité des organisations ne sont pas vraiment créatives. Car ce n’est pas le tout d’avoir des idées, il faut également les mettre en œuvre. Et comme chacun le sait, les décisions prises ne sont réellement appliquées que si ceux qui doivent le faire y trouvent également un intérêt personnel. La bureaucratie est un poison, mais plus une organisation est bureaucratique, plus elle a de raisons (à tous les niveaux) de l’être encore plus.
La dernière section est une sorte de guide pour l’animation d’un groupe de créativité. Cette partie m’a beaucoup moins intéressée que le reste du livre qui se situe à un niveau nettement plus élevé de réflexion.

Dans l’ensemble ce bouquin est une véritable réussite. J’ai été captivé par certains passages, et j’ai beaucoup apprécié l’approche presque cartésienne de ce thème presque philosophique. Je le conseille vivement et tiens à remercier Marianne Dekeyser de me l’avoir renseigné sur son blog.
Une fourmi de 18 mètres… ça n’existe pas. Et pourquoi pas ?