dimanche 28 juin 2009

"Candide ou l'Optimisme" de Voltaire

Lecture achevée le 22 juin 2009

Candide est un jeune homme de bonne famille qui fut éduqué suivant la doctrine providentialiste défendue par Leibniz, selon laquelle "tout est toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles". Contraint de quitter le château familial à cause de son amour pour Melle Cunégonde, il commence un long périple à travers les différents continents. Malgré une volonté profonde de toujours faire le bien et de rendre service à son prochain, il ne lui arrive que des malheurs au cours des différentes étapes de son voyage. Il est battu à maintes reprises pour des méfaits qu'il n'a pas commis, torturé, chassé, emprisonné, volé et trompé de multiple fois. Malgré tous ses malheurs, fidèle à son éducation originale, il continue à croire à chaque fois que ce qui lui arrive n'est qu'un mal pour un bien, et que c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ce n'est que vers la fin de son périple, après tant d'acharnement contre lui et de souffrances, qu'il commence à mettre en doute cette philosophie.

Comme la plupart des œuvres de Voltaire, on retrouve dans ce récit une réflexion sur son temps et une dimension philosophique, cachées derrière une histoire racontée de manière élégante, simple et dynamique que j'apprécie toujours autant. Il exprime ici son désaccord sur les théories inconditionnellement optimistes du leibnizianisme en confrontant Candide à tous les maux, pour le forcer à tirer l'inévitable conclusion. On y trouve en outre plusieurs références à la Bible (notamment au péché originel), à la Providence, au manichéisme ainsi qu'au mal qui se trouve en chaque Homme. Plusieurs parallèles à Zadig sont également tracés.
On retiendra finalement la dernière phrase prononcée par Candide, résumant probablement la position de Voltaire lui-même: "il faut cultiver notre jardin", cad progresser vers un modèle de société où un déisme positif rend la tolérance inutile, et où chacun contribue au bonheur de tous suivant ses possibilités.
Merci à Frédéric Deloffre pour sa réflexion intéressante sur cette œuvre.

mardi 23 juin 2009

"Les vallées du bonheur profond" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 19 juin 2009

Ce petit recueil est composé de 5 récits qui font partie du fabuleux cycle d'Œdipe et Antigone.
Dans "L'arbre fou", Œdipe entreprend une danse frénétique pour sculpter dans un immense arbre foudroyé toute la puissance de l'amour qu'il portera toujours pour son épouse et mère Jocaste.
"Les vallées du bonheur profond" est un lieu d'harmonie, d'amour et de pure simplicité qu'Antigone découvre l'espace de quelques jours en compagnie de Constantin, avant de reprendre la route d'Œdipe avec une joie paradoxale.
Au cours de leur périple, Antigone et son père rencontrent "La femme sans mots" dont la terrible folie paralyse Œdipe car elle est l'image de ce qu'il serait probablement si sa fille et Clios n'étaient pas à ses côtés.
"Le cri" fait référence à un passage central du roman Antigone au cours duquel elle est désespérée et ne peut retenir un cri terrifiant qui exprime toutes les injustices et les malheurs de Thèbes. Cet appel de détresse bouleversera profondément la population habituellement indifférente et génèrera un mouvement de générosité prodigieux.
Le dernier récit "L'enfant de Salamine" donne la parole à Sophocle. Initialement destiné au combat contre les Perses aux côtés de ses frères Grecs, son destin bascule malgré lui vers la poésie tragique après la bataille de Salamine. C'est lors d'une promenade de nuit dans le bois sacré des Euménides qu'il rencontre Œdipe et Antigone, venus jusqu'à lui pour demander l'existence. Sophocle écrira ensuite Œdipe Roi et Œdipe à Colone.

"La cité des permutants" de Greg Egan

Lecture achevée le 16 juin 2009

J'ai reçu ce livre de science-fiction par la poste dans un joli paquet cadeau Amazon, à l'occasion de mon anniversaire en avril dernier. Mon ami David tenait à me faire partager le plaisir qu'il a eu en le lisant. Merci encore pour cette originale attention Dav!
Certes ce bouquin est très éloigné de mes lectures habituelles, mais j'ai néanmoins apprécié cette escapade au pays du virtuel.
Il s'agit en fait d'une évolution possible de l'humanité, qui débute par une découverte révolutionnaire: la possibilité de modéliser le cerveau humain, et donc de le faire tourner sur un ordinateur. Cela signifie ni plus ni moins que l'on peut créer une copie de son cerveau, avec tous ses souvenirs, son expérience, sa personnalité, son mode de pensée, et la faire tourner sur un ordinateur comme une version informatique de soi-même. Cette "copie de soi-même" débute alors sa propre existence indépendante, faite de dialogues avec les humains à travers une interface de communication spécifique, et de rencontres avec d'autres "copies d'humains" dans un monde virtuel spécialement créé à leur intention. A côté de l'univers physique réel tel que nous le connaissons se développe donc progressivement un univers numérique virtuel, qui accueille de plus en plus de "copies d'humains" car cette solution est perçue comme une manière de prolonger son existence lorsque le corps humain arrive en fin de vie, gage d'une certaine immortalité. L'invention quelques années plus tard d'un super ordinateur "ne nécessitant plus de support physique" est une seconde révolution car elle rend le développement de ce monde virtuel totalement indépendant des humains et du monde réel, et ouvre donc la porte à une expansion sans limite d'espace ni de temps, prolongeant la vie virtuelle de l'humanité au-delà de son existence réelle, et ce pour l'éternité.

Ce livre est clairement une belle aventure.
Le seul reproche que je lui fais est d'être un peu trop technique pour moi (les explications scientifiques sont tellement poussées qu'il m'est arrivé de perdre le fil quelques fois), et peut-être de ne pas véritablement clôturer l'histoire à la fin du livre (place à l'imagination de chacun!). Pour le reste, le récit est vraiment intéressant et novateur, nous confrontant continuellement avec la possibilité intriguante de pouvoir communiquer avec un double autonome de soi-même, et à toutes les questions éthiques, psychologiques et même parfois philosophiques que cela soulève. Chapeau à l'auteur pour son imagination et pour la maîtrise impressionnante de son sujet.