mercredi 2 décembre 2009

"La lumière Antigone" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 2 décembre 2009

Ce livret est composé sous la forme d’un long poème, écrit par Henry Bauchau pour être chanté à l’opéra La lumière Antigone de Pierre Bartholomée qui s’est produit à Bruxelles en avril 2008.
On y retrouve Antigone dans ses derniers instants de vie, enfermée par Créon dans une grotte à l’écart de Thèbes. Epuisée, elle sait que c’est le moment de partir. Elle repense à son existence, à la folie de son long voyage avec Œdipe, à son amour pour Jocaste, à la souffrance de ses deux frères Polynice et Etéocle. Elle s’apprête à rendre son dernier souffle lorsque Hannah apparaît devant elle.
Hannah chante paisiblement. Ce n’est pas une vision, c’est sa descendance, c’est elle-même, c’est celle qui chante sa vie de lumière au théâtre de Bruxelles. Antigone comprend peu à peu. Elle ne meurt pas, elle ne peut pas mourir, des milliers d’Antigone se dressent chaque jour et se souviennent à travers les millénaires. Hannah lui explique ce qu’est devenu notre monde moderne. Il y a toujours des mendiants, des pauvres et des riches, des guerres et des villes en flammes. L’Homme est tel qu’il est. Antigone le sait, et jette sur notre siècle une lumière bouleversante avant de s’éteindre doucement sur le sol froid de son tombeau.

Ce livre m’a profondément touché. Le pont dressé entre ce mythe de l’Antiquité grecque et notre monde contemporain, la rencontre entre Antigone sur son lit de mort et celle qui lui rendra hommage au théâtre de nombreux siècles plus tard, est magnifique de profondeur et de spiritualité. J’ai été véritablement transporté durant la lecture de cette œuvre, et resterai avec le vif regret de ne pas avoir pu assister à la représentation de cet opéra à Bruxelles.

jeudi 19 novembre 2009

"Wisconsin" de Mary R. Ellis

Lecture achevée le 12 novembre 2009

La famille Lucas vit dans une vaste campagne au nord du Wisconsin. John, alcoolique et violent, passe son temps dans les bars, quand il ne s’acharne pas sur sa femme et ses enfants. L’aîné, James, lassé de l’agressivité paternelle, s’engage pour le Vietnam. Il n’en reviendra pas, laissant son jeune frère Bill et sa pauvre mère, totalement dépassée par les événements, à leur sombre quotidien.
C’est dans ce contexte misérable que Bill va grandir et tenter de se construire petit à petit en tant qu’homme. Seuls leurs voisins, les Morrisseau, l’aideront comme ils peuvent à traverser son enfance, et à se lancer dans l’âge adulte avec l’espoir d’une vie meilleure.
Cette histoire est touchante de sincérité. Tour à tour, l’auteur prend la voix des principaux personnages du livre (à l’exception de John qui n’a pas droit à la parole), ce qui nous permet petit à petit de connaître chacun d’eux en profondeur, de vivre leur histoire, et d’observer avec eux le jeune Bill avancer dans la vie entre les coups de son père et la douleur d’avoir perdu son grand frère.

Pour être honnête ce n’est pas tout à fait mon "type de livre" (c’est mon épouse qui a voulu mon avis), mais je l’ai néanmoins apprécié pour sa sensibilité et la proximité qu’il nous offre avec cette famille. On s’attache à ces 2 frères, à chaque page un peu plus. On comprend leur souffrance. On maudit leur exécrable père, on plaint sincèrement leur mère et on remercie les Morrisseau lorsqu’ils leur apportent un peu de soutien et de réconfort. C’est bien sûr là que se trouve la réussite de ce livre.

jeudi 29 octobre 2009

"Etre le réalisateur de sa vie" de Thomas Jacobsen

Lecture achevée le 28 octobre 2009

Qui ne s’est jamais posé de question sur sa vie ? Qui ne s’est jamais demandé s’il n’était pas en train de perdre son temps à courir derrière une vie rangée, stable et sécurisante, au lieu de tenter d’accomplir ses rêves ?
Nous n’avons qu’une seule vie. Que désirons-nous en faire ?
"Le présent est le reflet de nos choix. Comprendre ce qui motive nos choix permet de comprendre notre présent ."
Combien d’entre-nous ont le courage de vivre différemment, de se lancer à la conquête de leurs rêves ? C’est risqué bien sûr, mais ne dit-on pas que le plus grand risque dans la vie, c’est de ne pas en prendre ?
Au cours d’un voyage sous forme de "ebook" qu'il organise en 4 étapes, Thomas Jacobsen aborde ces questions profondes. Il nous amène à réfléchir à notre vie, à nous remettre en question. Il nous propose de réajuster le cours de notre existence pour revenir vers ce qui compte vraiment. Et ce petit pas de recul sur nous-même fait le plus grand bien. Merci pour cette belle ballade.

Vous savez, il est tellement facile de tomber dans le piège d’une vie médiocre. Si nous ne prenons pas notre vie en main et n’exerçons pas une action sur elle, c’est elle qui exercera une action sur nous. Et les jours se transforment alors en semaines, et les semaines en mois, et les mois en années. Et puis, oh surprise, il est trop tard.
[citation de Robin Sharma sélectionnée par Thomas Jacobsen]

vendredi 23 octobre 2009

"Maktub" de Paulo Coelho

Lecture achevée le 22 octobre 2009

Ce livre est similaire dans sa forme au Manuel du guerrier de la lumière. C’est un recueil de courtes paraboles sur des sujets divers, principalement des enseignements spirituels que l’auteur à retenus durant les années passées avec son maître.

A nouveau je n’ai pas vraiment accroché à ce livre. Je me suis arrêté sur très peu de ces textes. Voici peut-être le seul qui m’a fait sourire, et que j’aimerais partager :
Le philosophe Allemand Schopenhauer se promenait dans une rue de Dresde, cherchant des réponses aux questions qui l’angoissaient. Soudain, passant devant un jardin, il décida d’y demeurer quelques heures à regarder les fleurs. Trouvant le comportement de cet homme étrange, un habitant du voisinage appela la police. Quelques minutes plus tard, un policier s’approcha de Schopenhauer. "Qui êtes-vous?", lui demanda-t-il d’un ton rude. Schopenhauer toisa de la tête aux pieds l’homme qui se tenait devant lui. "Si vous savez répondre à cette question, dit-il, je vous en serai éternellement reconnaissant."

dimanche 27 septembre 2009

"L'affaire Calas et autres affaires" de Voltaire

Lecture achevée le 17 septembre 2009

Le soir du 13 octobre 1761, Marc-Antoine Calas dîne en compagnie de ses parents et de son frère à leur domicile situé à Toulouse. Ne se sentant pas très bien, il se lève de table et quitte la salle à manger. Quelques moments après, une fois le repas terminé, le reste de la famille quitte la salle à manger et découvre le corps sans vie de Marc-Antoine dans la pièce à côté.
C’est alors que tout s’enchaîne et que, malgré une série de faits évidents permettant de démontrer leur innocence, la famille Calas est accusée de meurtre et mise aux arrêts. Le père est immédiatement condamné au supplice de la roue et exécuté, laissant le reste de sa famille dans la souffrance et les larmes.
Voltaire est révolté contre la société cruelle et corrompue de l’époque. Avec ce livre il voulait dénoncer cette injustice, ainsi que plusieurs autres tragiquement similaires (l’affaire Sirven, l’affaire Lally, celle du chevalier de la Barre). Au cours de sa vie il prônait sans relâche une société plus juste, comme l’illustre son célèbre Traité sur la Tolérance retranscrit dans ce livre également.

Cet ouvrage n’a rien à voir avec les Micromégas, Zadig ou autre Candide que j'ai lus précédemment. Il s’agit d’un témoignage de la vie et de la société de l’époque qui préoccupait tant Voltaire. J’avoue que je l’ai trouvé nettement moins prenant que ses récits imaginaires plus philosophiques, même s’il reste néanmoins troublant que personne n’ai finalement jamais su qui avait tué Marc-Antoine Calas !

mercredi 26 août 2009

"Platon était malade" de Claude Pujade-Renaud

Lecture achevée le 23 août 2009

Platon était malade le jour de l'exécution de Socrate à Athènes. Il n'a donc pas pu être présent pour assister aux derniers instants et entendre les ultimes paroles de son maître, et il s'en veut terriblement. Désespéré par cette tragédie, il part questionner quelques amis et disciples du philosophe afin de comprendre comment il a vécu ses dernières heures et quelles pensées philosophiques l'ont habitées avant de s'éteindre.

Je n'ai pas apprécié ce livre. Pour être honnête j'ai même eu assez de mal à le terminer, tant il ne s'y passe rien. Certaines discussions et pensées échangées entre Platon et d'autres disciples (Euclide notamment) sont certes intéressantes, mais je ne suis pas arrivé à m'accrocher au moindre fil conducteur dans ce livre ni à la moindre action me donnant envie de lire la suite.

dimanche 23 août 2009

"Ilium" de Dan Simmons

Lecture achevée le 19 août 2009

Etant intéressé par la légendaire guerre de Troie et ses interprétations mythologiques, on m’a proposé ce livre de science-fiction pour le moins original sur le sujet.
Dan Simmons imagine un futur lointain où les hommes, capables de toutes les prouesses grâce à leur maîtrise profonde de la technologie, décident de reconstituer fidèlement cette guerre mythique sur la planète Mars en ressuscitant nano-technologiquement les centaines de milliers de guerriers de l’époque et en y jouant eux-mêmes le rôle des Dieux de l’Olympe. Se servant du récit d’Homère comme référence, ils s’amusent à y modifier divers détails de la guerre grâce à leurs pouvoirs quantiques et à observer les déviations causées par rapport au récit original. Ils ignorent toutefois que leurs petits jeux attirent progressivement les regards d’autres observateurs de l’univers et que ces derniers s’apprêtent à provoquer le retournement des courageux guerriers Achéens (menés par Achille) et Troyens (menés par Hector) contre leurs créateurs divins.

J’ai bien apprécié ce livre, où l’auteur fait l’exploit de rendre passionnant un savant mélange de mythologie et de science-fiction pure. Son étude exhaustive de l’Iliade et du panthéon grec lui permet de rester extrêmement fidèle au récit et personnages originaux tout en y introduisant une solide dose de technologie futuriste à base de téléportation quantique, entités robotiques semi-organiques (et philosophes de surcroît!) et autres créatures extra-terrestres. Les événements s’enchaînent à un rythme soutenu et le lecteur est voyagé à travers 3 récits parallèles évoluant en alternance et coupés à chaque fois aux moments les plus intenses (recette toujours efficace pour garder le lecteur en haleine), qui se rejoignent à la fin du roman de façon joliment habile et amusante.
Ce livre est donc une très agréable découverte. Il est d’ailleurs suivi d’un second tome Olympos, que je ne lirai malheureusement pas (en tous cas pas pour le moment) car il est unanimement critiqué par mes amis ainsi que par bon nombres d’internautes dont Pat (sur www.cafardcosmique.com) que j’ai trouvé très pertinent. C’est dommage.

dimanche 26 juillet 2009

"Futur Papa!" de Fabrice Florent

Lecture achevée le 20 juin 2009

Je vais être Papa! (1ère fois) Livraison de la crevette prévue pour le 5 novembre… Que du bonheur!
Afin de me préparer à la terrible aventure qui m'attend, c'est donc tout naturellement que je me suis dirigé vers la section "Naissance et éducation" de ma libraire favorite (Filigranes à Bruxelles, pour ne pas la citer). Ce petit livre s'y trouvait parmi une demi-douzaine de "guides pratiques du parfait Papa" qui me semblaient tous trop théoriques ou à l'inverse trop pratiques (ex. comment choisir un lange pour son enfant?... je suis sûr que ma tendre épouse connaît déjà tout ça par coeur et pourra me faire un briefing en 2 minutes le moment venu). "Futur Papa!" se démarquait par sa simplicité, son côté "vécu", et son humour (j'étais déjà sur le point de rire en lisant une demi page prise au hasard au milieu du livre).
Génial petit livre!
Retranscrit directement du blog de Fabrice Florent http://futurpapa.blogspot.com qu'il a rédigé pendant la grossesse de sa femme, il décrit jour après jour les sentiments / impressions / anecdotes de ce futur Papa, depuis l'annonce de la bonne nouvelle jusqu'à la naissance du bébé. Il ne s'agit pas d'une œuvre littéraire bien sûr, mais c'est sympathiquement écrit, avec beaucoup de spontanéité et d'humour. Je n'en ai fait qu'une bouchée. A conseiller vivement aux futurs Papas qui veulent aborder cette aventure avec le sourire!

dimanche 28 juin 2009

"Candide ou l'Optimisme" de Voltaire

Lecture achevée le 22 juin 2009

Candide est un jeune homme de bonne famille qui fut éduqué suivant la doctrine providentialiste défendue par Leibniz, selon laquelle "tout est toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles". Contraint de quitter le château familial à cause de son amour pour Melle Cunégonde, il commence un long périple à travers les différents continents. Malgré une volonté profonde de toujours faire le bien et de rendre service à son prochain, il ne lui arrive que des malheurs au cours des différentes étapes de son voyage. Il est battu à maintes reprises pour des méfaits qu'il n'a pas commis, torturé, chassé, emprisonné, volé et trompé de multiple fois. Malgré tous ses malheurs, fidèle à son éducation originale, il continue à croire à chaque fois que ce qui lui arrive n'est qu'un mal pour un bien, et que c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ce n'est que vers la fin de son périple, après tant d'acharnement contre lui et de souffrances, qu'il commence à mettre en doute cette philosophie.

Comme la plupart des œuvres de Voltaire, on retrouve dans ce récit une réflexion sur son temps et une dimension philosophique, cachées derrière une histoire racontée de manière élégante, simple et dynamique que j'apprécie toujours autant. Il exprime ici son désaccord sur les théories inconditionnellement optimistes du leibnizianisme en confrontant Candide à tous les maux, pour le forcer à tirer l'inévitable conclusion. On y trouve en outre plusieurs références à la Bible (notamment au péché originel), à la Providence, au manichéisme ainsi qu'au mal qui se trouve en chaque Homme. Plusieurs parallèles à Zadig sont également tracés.
On retiendra finalement la dernière phrase prononcée par Candide, résumant probablement la position de Voltaire lui-même: "il faut cultiver notre jardin", cad progresser vers un modèle de société où un déisme positif rend la tolérance inutile, et où chacun contribue au bonheur de tous suivant ses possibilités.
Merci à Frédéric Deloffre pour sa réflexion intéressante sur cette œuvre.

mardi 23 juin 2009

"Les vallées du bonheur profond" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 19 juin 2009

Ce petit recueil est composé de 5 récits qui font partie du fabuleux cycle d'Œdipe et Antigone.
Dans "L'arbre fou", Œdipe entreprend une danse frénétique pour sculpter dans un immense arbre foudroyé toute la puissance de l'amour qu'il portera toujours pour son épouse et mère Jocaste.
"Les vallées du bonheur profond" est un lieu d'harmonie, d'amour et de pure simplicité qu'Antigone découvre l'espace de quelques jours en compagnie de Constantin, avant de reprendre la route d'Œdipe avec une joie paradoxale.
Au cours de leur périple, Antigone et son père rencontrent "La femme sans mots" dont la terrible folie paralyse Œdipe car elle est l'image de ce qu'il serait probablement si sa fille et Clios n'étaient pas à ses côtés.
"Le cri" fait référence à un passage central du roman Antigone au cours duquel elle est désespérée et ne peut retenir un cri terrifiant qui exprime toutes les injustices et les malheurs de Thèbes. Cet appel de détresse bouleversera profondément la population habituellement indifférente et génèrera un mouvement de générosité prodigieux.
Le dernier récit "L'enfant de Salamine" donne la parole à Sophocle. Initialement destiné au combat contre les Perses aux côtés de ses frères Grecs, son destin bascule malgré lui vers la poésie tragique après la bataille de Salamine. C'est lors d'une promenade de nuit dans le bois sacré des Euménides qu'il rencontre Œdipe et Antigone, venus jusqu'à lui pour demander l'existence. Sophocle écrira ensuite Œdipe Roi et Œdipe à Colone.

"La cité des permutants" de Greg Egan

Lecture achevée le 16 juin 2009

J'ai reçu ce livre de science-fiction par la poste dans un joli paquet cadeau Amazon, à l'occasion de mon anniversaire en avril dernier. Mon ami David tenait à me faire partager le plaisir qu'il a eu en le lisant. Merci encore pour cette originale attention Dav!
Certes ce bouquin est très éloigné de mes lectures habituelles, mais j'ai néanmoins apprécié cette escapade au pays du virtuel.
Il s'agit en fait d'une évolution possible de l'humanité, qui débute par une découverte révolutionnaire: la possibilité de modéliser le cerveau humain, et donc de le faire tourner sur un ordinateur. Cela signifie ni plus ni moins que l'on peut créer une copie de son cerveau, avec tous ses souvenirs, son expérience, sa personnalité, son mode de pensée, et la faire tourner sur un ordinateur comme une version informatique de soi-même. Cette "copie de soi-même" débute alors sa propre existence indépendante, faite de dialogues avec les humains à travers une interface de communication spécifique, et de rencontres avec d'autres "copies d'humains" dans un monde virtuel spécialement créé à leur intention. A côté de l'univers physique réel tel que nous le connaissons se développe donc progressivement un univers numérique virtuel, qui accueille de plus en plus de "copies d'humains" car cette solution est perçue comme une manière de prolonger son existence lorsque le corps humain arrive en fin de vie, gage d'une certaine immortalité. L'invention quelques années plus tard d'un super ordinateur "ne nécessitant plus de support physique" est une seconde révolution car elle rend le développement de ce monde virtuel totalement indépendant des humains et du monde réel, et ouvre donc la porte à une expansion sans limite d'espace ni de temps, prolongeant la vie virtuelle de l'humanité au-delà de son existence réelle, et ce pour l'éternité.

Ce livre est clairement une belle aventure.
Le seul reproche que je lui fais est d'être un peu trop technique pour moi (les explications scientifiques sont tellement poussées qu'il m'est arrivé de perdre le fil quelques fois), et peut-être de ne pas véritablement clôturer l'histoire à la fin du livre (place à l'imagination de chacun!). Pour le reste, le récit est vraiment intéressant et novateur, nous confrontant continuellement avec la possibilité intriguante de pouvoir communiquer avec un double autonome de soi-même, et à toutes les questions éthiques, psychologiques et même parfois philosophiques que cela soulève. Chapeau à l'auteur pour son imagination et pour la maîtrise impressionnante de son sujet.

dimanche 24 mai 2009

"Le premier et le dernier miracle" de Antoine Filissiadis

Lecture achevée le 21 mai 2009

Sébastien, médecin et journaliste, est mandaté par le président d'un lobby pharmaceutique pour une mission délicate: démasquer un "guérisseur" habitant à Chypre et considéré comme le médecin de la dernière chance. Il accompagne pour cela Isabelle, atteinte d'un double cancer incurable, qui décide d'aller consulter cet homme dans un ultime espoir. Initialement persuadé qu'il s'agit d'un charlatan, l'opinion du journaliste se renforce dans un premier temps en assistant à des pratiques pour le moins non conventionnelles, mais évolue petit à petit en constatant avec étonnement que la santé d'Isabelle s'améliore… jusqu'à ce que se produise l'impossible: une guérison totale spontanée. Touché jusqu'au plus profond de lui par le miracle auquel il a assisté, Sébastien comprend alors qu'il s'agit de la chance de sa vie et décide de prendre tous les risques pour rendre à son tour l'espoir aux condamnés de la médecine traditionnelle.

Sur la couverture je lis qu'il s'agit d'un thriller psychologique. J'avoue que l'aspect thriller ne m'a pas convaincu du tout. L'auteur a bien essayé d'y mettre quelques ingrédients d'intrigue et de suspense liés à la pression que le journaliste reçoit des lobbies pharmaceutiques, mais selon moi il s'agit principalement d'une œuvre psychologique de retour aux vraies valeurs et de reconnexion avec la nature.
Ce livre rappelle que nous sommes à la fois un corps et un esprit, et que nous vivons dans un milieu naturel, et que la connexion entre ces 3 éléments est essentielle à notre évolution. La souffrance du corps ne peut se dissocier de la sérénité de notre esprit et du lien que nous entretenons avec notre environnement.
Ce sujet est fondamental et j'ai apprécié dans l'ensemble la façon dont l'auteur l'a abordé, nous emmenant rêver sur les côtes ensoleillées de cette jolie île grecque. Toutefois je le répète je suis déçu par ce côté thriller qui n'a pas véritablement trouvé sa place dans ce récit psychologique, à supposer qu'il y en ait une.

dimanche 26 avril 2009

"Diotime et les lions" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 avril 2009

Dans le chef d’œuvre Œdipe sur la route nous faisons connaissance de Diotime, femme guérisseuse dont la sagesse et les bienfaits sont connus jusque Thèbes. Elle sera une complice pour Œdipe et un guide pour Antigone.
Ce petit livre raconte l’enfance de cette femme exceptionnelle.
Diotime est issue d’un clan appartenant à une lignée perse dont les plus lointains ancêtres étaient de lions. Chaque année, les hommes du clan livrent un combat contre le roi des animaux. Ce rituel est violent et meurtrier, mais il n’y a pas de plus grand honneur que d’y participer.
Durant toute son enfance Diotime a ressenti l’appel de ce grand fauve et, une fois devenue jeune-femme, elle parvient à convaincre les hommes de la laisser participer à la fête sacrée. Cette expérience ancestrale la transforme profondément et guidera le reste de sa vie.
Elle rencontre ensuite Arsès dont elle tombe instantanément amoureuse et qu’elle décide d’accompagner dans l’épreuve périlleuse à laquelle il se soumet pour mériter son amour: combattre le plus puissant des lions, son ancêtre lui-même.

Dans ce livre de quelques pages, Henry Bauchau décrit à nouveau une femme qui dépasse sa condition et trace une voie lumineuse dans un monde mythique imprégné d’honneur et de la sagesse des temps anciens. Quel beau voyage.

dimanche 19 avril 2009

"Antigone" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 11 avril 2009

Après le terrible drame qui frappe Œdipe et sa famille, le grand roi déchu ne peut survivre à Thèbes et quitte la ville à la recherche de lui-même. Sa fille Antigone l'accompagne tout au long de ce périple, n'ayant pu se résoudre à laisser son père partir seul. Arrivés à Colone après une dizaine d'années d'errance et d'épreuves, il est temps pour Œdipe d'affronter seul son destin. Antigone décide alors de revenir à Thèbes pour tenter d'apaiser le conflit qui grandit sans cesse entre ses frères jumeaux Polynice et Etéocle. Aucun des deux n'étant prêt à laisser à l'autre le trône de Thèbes, ils décident chacun de lever une armée et se préparent à livrer bataille contre leur propre sang. Avec l'aide de sa sœur Ismène, Antigone tente tout pour raisonner ses frères mais ne peut empêcher l'inéluctable d'arriver, plongeant les quatre descendants d'Œdipe vers le plus tragique des destins.

A nouveau (comme dans le précédent volume Œdipe sur la route) Henry Bauchau nous offre sa propre interprétation du grand mythe de l'Antiquité grecque, mettant au centre du tableau une Antigone bouleversante de générosité, d'humilité et de courage, qui offre tout ce qui est en elle pour défendre ce qui est juste. Sa sœur mais surtout ses deux frères prennent également une dimension fascinante, personnages parfaits et splendides, mêlés d'amour et d'une haine effrayante. Le récit de leurs combats est éclatant, et l'auteur va jusqu'à décrire leurs chevaux sublimes de façon mémorable. L'ombre d'Œdipe qui reste continuellement présente est également très touchante.
A nouveau j'ai beaucoup apprécié cette œuvre excellente qui nous emmène dans un monde profond et poétique, celui d'un auteur exceptionnel.

dimanche 8 mars 2009

"Oedipe sur la route" de Henry Bauchau

Lecture achevée le 22 juillet 1996, seconde lecture le 5 mars 2009

Ce livre raconte l'exil du grand roi Œdipe, qui décide de s'aveugler et de quitter Thèbes après la révélation du parricide et de l'inceste suivi du suicide de sa femme et mère Jocaste. Sa fille Antigone l'accompagne dans ce long voyage, ainsi que Clios le bandit qu'ils rencontrent un peu plus loin sur la route.
Leur errance dure 10 années, au cours desquelles ils sont perpétuellement à la recherche d'eux-mêmes et de leur destin. Il se soumettent à des épreuves toujours plus douloureuses et fantastiques, contraints à des actes énigmatiques qu'ils ne peuvent maîtriser et poussant jusqu'au bout les limites de leur corps, pour atteindre finalement "ce point où la clarté du ciel se confond avec la lumière dorée des soleils".

Cette interprétation toute personnelle du récit mythique de Sophocle, construite et imaginée par Henry Bauchau entre Œdipe Roi et Œdipe à Colone, est l'une des plus grandes œuvres que j'ai lues jusqu'ici.
Le combat impitoyable que livre son héro demi-dieu maudit contre une falaise afin d'en dégager l'immense vague de leur délire, est réellement magnifique. La part belle faite aux arts tels que le chant, la danse et la sculpture comme moyen de délivrance m'a également particulièrement touchée.
Robert Jouanny le confirme à la fin du livre: on l'appelle Œdipe, mais il pourrait aussi bien porter le nom de chacun de nous. L'important est ce voyage intérieur dans lequel un homme affronte les ténèbres qu’il porte en lui jusqu’à atteindre la connaissance de soi.

vendredi 27 février 2009

"Lettres à l'inconnue" de Antoine de Saint-Exupéry

Lecture le 25 février 2009

En mai 1943, quelques mois seulement avant sa mort, Antoine de Saint-Exupéry rencontre une jeune femme dans un train en Algérie, et en tombe instantanément amoureux.
"Lettres à l'inconnue" est la correspondance à sens unique qui est née de cette rencontre, quelques pages dactylographiées illustrées des dessins originaux de l'auteur.
Il s'y identifie à son Petit Prince, déçu du comportement de cette jeune femme qui ne lui donne aucune nouvelle. Il imagine une petite fille pour palier son absence. Il découvre que son égoïsme n'est pas si grand puisqu'il a donné à autrui le pouvoir de lui faire de la peine. Comme s'il savait que sa vie touchait à sa fin, il est triste que son dernier souvenir ne soit pas joli. Il s'invente alors un autre dernier souvenir, où il était berger d'une brebis et capitaine d'un navire. Il sait que c'est un faux souvenir bien sûr, emprunt de mélancolie.

samedi 31 janvier 2009

"Zadig ou la Destinée" de Voltaire

Lecture achevée le 27 janvier 2009

Zadig est un jeune babylonien doué d'une grande intelligence, d'un bon sens hors du commun et comblé par la nature. Il n'a d'autre envie que de propager le bien autour de lui et apporte généreusement son aide à son prochain chaque fois que l'occasion se présente. Prédestiné à une existence paisible et heureuse, il lui arrive au contraire de nombreux malheurs et désillusions au cours de son voyage au fil de la vie.
Ce livre raconte son histoire et son apprentissage dans un univers partagé entre le bien et le mal.
D'abord trahi successivement par ses deux amours, Zadig trouve refuge dans les sciences et la nature. Remarqué par le roi d'Egypte, il retourne ensuite dans le tourbillon du monde et devient Premier Ministre, éclairé et apprécié par la population pour son sens de la justice et son honnêteté. Rapidemment séduit par la reine, il se voit malheureusement contraint de fuir Babylone sous la menace de la jalousie du roi. C'est l'occasion pour lui d'un retour sur soi et d'une réflexion sur les caprices de la fatalité. Il devient esclave dans le désert et il se fait progressivement l’ami et même le confident de son maître, grâce à son habileté, sa science et sa sagesse. Peu de temps après il se voit pourtant condamné à mort pour avoir sauvé de nombreuses vies, et réussit à s'échapper de justesse. Il revient ensuite à Babylone où il est trahi à nouveau. Il rencontre alors l'ange Jesrad qui lui révèle une partie des mystères de la Destinée, et décide de revenir au palais pour retrouver la reine déchue. Grâce à ses talents intellectuels et oratoires, il se voit finalement couronné roi de Babylone. La grande ville devient une des plus prospères, mais Zadig, marqué par ses aventures, s’interroge sur le sens de la vie humaine.

J'ai à nouveau pris beaucoup de plaisir à lire ce roman ou conte philosophique. J'aime particulièrement le style d'écriture noble de Voltaire (typique de son siècle), mais également sa manière de critiquer habilement la société de l'époque, sa justice corrompue et arbitraire, son fanatisme religieux, ses abus de pouvoir et ses inégalités, et tout cela à travers une histoire facile à lire, rythmée et rebondissante.

lundi 19 janvier 2009

"Petite histoire qui part de rien ou d'un mensonge ou d'un désir et qui n'a pas de fin" de Annick Ghijzelings

Re-lecture le 19 janvier 2009

Ce tout petit livre est sans doute une lettre d'amour. Une lettre passionnée à celui/celle qui part et qui est pourtant tout. Une lettre écrite d'une main tremblante au goût de sel, comme pour tenter d'avancer. Cela ressemble à un adieu, un hommage à l'amour qui durera toujours.

samedi 17 janvier 2009

"L'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera

Re-lecture achevée le 16 janvier 2009

Ce livre raconte l'histoire du couple improbable Tomas et Tereza, un brillant chirurgien de Prague et une jeune femme modeste et timide venue d'un coin perdu de Bohême. Elle se déroule durant la période appelée Printemps de Prague en Tchécoslovaquie (1968), où le parti communiste tchécoslovaque tente d'introduire un Socialisme à visage humain et se fait renverser par les Russes qui désirent étouffer ce programme de libéralisation qu'ils perçoivent comme une menace contre leur hégémonie sur l'Europe de l'Est.
L'auteur nous décrit l'évolution de ce couple depuis leur emménagement commun jusqu'à leur mort en passant par les tensions liées aux nombreuses infidélités de Tomas, leurs migrations (en Suisse notamment), leurs ruptures et leurs retrouvailles. Il en utilise également (et principalement je dirais) de nombreux passages pour élaborer une multitude de réflexions philosophiques, politiques, mythologiques (Tristan, Don Juan, Faust, Oedipe), voire métaphysiques sur le sens de la vie et des responsabilités de l'humanité.
Dans quelle mesure notre destin est-il écrit et devons-nous lui obéir/le suivre?
Lorsque le cœur a parlé, est-il convenable que la raison élève des objections?
L'Homme est-il digne de son pouvoir sur la création ou sa faillite fondamentale est-elle inexorable?
La dimension philosophique de l'inexpérience terrestre (inspirée de Nietzsche et Parménide) y est également omniprésente et a donné son titre à ce roman: La possibilité de recommencer et de répéter de notre vie surchargerait notre être d’un énorme fardeau de responsabilité; le fait qu’au contraire elle ne puisse pas se répéter lui confère une vertigineuse légèreté; d'où l'insoutenable légèreté de l'être.
Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans jamais avoir répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est la vie elle-même?

Vous l'avez compris, j'ai beaucoup apprécié ce livre magnifiquement écrit et qui déclenche inévitablement une série de réflexions existentielles chez son lecteur. Il s'agit d'une œuvre exceptionnelle, splendidement riche et orchestrée (presque musicalement) d'une main de maître.